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CHAPITRE III

L’INCIDENT HOHENZOLLERN



LA FRANCE DÉSARMÉE PAR LE POUVOIR LÉGISLATIF. — PRÉOCCUPATION DE L’EMPEREUR. — MISSION SECRÈTE DU GÉNÉRAL LEBRUN. — OPINION DU COMTE DE BISMARCK. — TUMULTE DANS LES RUES. — L’AFFAIRE VICTOR NOIR. — OÙ EN EST LA FRANCE APRÈS DIX-HUIT ANS DE RÈGNE. — À BADEN-BADEN. — DÉCLARATION D’ÉMILE OLLIVIER. — LA CANDIDATURE HOHENZOLLERN. — EMPORTEMENT DE L’OPINION PUBLIQUE. — LE DUC DE GRAMONT ET ÉMILE OLLIVIER. — EXIGENCES DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS. — PREMIER CONSEIL DES MINISTRES. — INTERVENTION DE L’IMPÉRATRICE. — JÉRÔME DAVID. — UN NOUVEAU MINISTÈRE EST PRÊT. — AU CORPS LÉGISLATIF. — CHANGEMENT DE FRONT. — SECOND CONSEIL DES MINISTRES. — SÉGRIS ET L’EMPEREUR PACIFIQUES. — COLÈRE DU MARÉCHAL LEBŒUF. — LE ROI DE PRUSSE ET BENEDETTI À EMS. — DÉPÊCHE MENSONGÈRE. — FAUSSE DÉCLARATION D’OLLIVIER. — LA DÉCLARATION DE GUERRE EST EXPÉDIÉE À BERLIN.



LES hommes dont j’ai cité les paroles, Jules Simon, Ernest Picard, Jules Favre, Garnier-Pagès, furent membres du Gouvernement de la Défense nationale, dont Thiers a été l’ambassadeur près des cours européennes ; ils ont porté le poids de la guerre, alors qu’elle n’était plus qu’une lutte sans espérance, qu’un effort sans résultat possible. Firent-ils un retour sur eux-mêmes ? Non pas ! Lorsque tout se fut écroulé, ils ne confessèrent pas leurs fautes et s’en repentirent encore moins ; mais, montrant à la France les ruines au milieu desquelles elle se cherchait en se débattant, ils lui dirent et lui répétèrent : « Vois où t’a menée le pouvoir personnel ! » Est-il possible, est-il supposable qu’ils aient été de bonne foi et ne s’apercevaient-ils pas qu’en cette circonstance le pouvoir personnel, prévoyant, actif à fortifier le pays contre un péril assuré, avait été désarmé, c’est le vrai mot, par le pouvoir législatif, dont les membres de l’opposi-