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CHAPITRE IV

LA GUERRE



PRÉVISIONS SINISTRES. — ÉMOTION À BADE. — TOURGUÉNEFF. — SOUVENIR DU PONT DE KEHL. — LE GÉNÉRAL ET LA GÉOGRAPHIE. — ARRIVÉE À PARIS. — ENTREVUE AVEC OLLIVIER. — LA MALADIE DE L’EMPEREUR. — LES MOBILES DE PARIS AU CAMP DE CHÂLONS. — MÉDÉAH ET ANTIBES. — LES RÉTICENCES DU DUC DE GRAMONT. — DEUX NÉGOCIATIONS PARALLÈLES. — L’EMPEREUR DE RUSSIE. — MENACES DE LA RUSSIE. — LE COMTE VITZTHUM. — ENTREVUE AVEC L’EMPEREUR D’AUTRICHE. — NÉGOCIATIONS CONTRADICTOIRES DE L’ITALIE. — ABANDON DE LA FRANCE. — LA PROPOSITION DE L’ARCHIDUC ALBERT. — LA JOURNÉE DU 6 AOÛT. — LA FAUSSE NOUVELLE. — TROIS DÉFAITES SIMULTANÉES. — AHURISSEMENT DE LA FRANCE. — BAZAINE COMMANDANT DE L’ARMÉE SOUS METZ. — L’EMPEREUR, NI GÉNÉRAL, NI SOUVERAIN. — CONVOCATION DU CORPS LÉGISLATIF. — DÉMISSION DU MINISTÈRE DU 2 JANVIER. — ÉMILE OLLIVIER A PARDONNÉ À LA FRANCE !



ÀBADE, le télégraphe nous tenait au courant de toutes ces péripéties. Dès que j’avais compris que les cartes s’embrouillaient dans des mains malhabiles, j’avais été saisi d’angoisse, car je ne pouvais me faire aucune illusion sur l’état de l’armée allemande. Les communes sur le territoire desquelles je chassais depuis une douzaine d’années, Niederbühl, Rauenthal, Muggensturm, Œtigheim, Wintersdorf, forment ceinture autour de Rastatt, qui, tout en restant ville de guerre, a cessé d’être forteresse fédérale depuis 1866. J’avais donc vu manœuvrer, souvent au grand détriment du gibier, les troupes prussiennes qui y tenaient garnison, à côté des troupes badoises. Je les avais admirées bien des fois et je n’étais pas rassuré en pensant que nous allions nous heurter contre elles.

J’écrivis à un de mes amis, qui fréquemment approchait l’Empereur, une lettre où je ne cachais pas mes inquiétudes ; cette lettre, je ne l’ai pas, mais elle peut se résumer ainsi : « De politique qu’elle est encore, la guerre va devenir rapi-