Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/74

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connaissance. Il était six heures du matin. Le premier représentant de l’autorité qui arriva fut le préfet de Police, Gabriel Delessert. Il aimait beaucoup la duchesse de Praslin, qui était de ses relations intimes. Il vit le cadavre et, s’éloignant avec horreur, il se laissa tomber sur un canapé, dans le salon voisin de la chambre du crime, et pleura, la tête dans les mains. Pendant qu’il était là, il comprit que quelqu’un se tenait devant lui ; il regarda et vit Allard, le chef du service de sûreté. Gabriel Delessert, sanglotant, ne put que lui dire : « Eh Bien ? » Allard répondit : « Ça, monsieur le Préfet, c’est un coup d’amateur ! » Puis, après quelques secondes de silence, il ajouta : « Il faut arrêter le duc ! »

Gabriel Delessert s’enferma seul avec l’assassin ; de ce qui se passa entre eux je ne sais rien d’une façon positive ; j’ai interrogé Gabriel Delessert, il m’a répondu : « J’ai fait une sorte d’enquête sommaire, et je me suis retiré. » Je n’en crois rien ; Mme Delessert, qui était une amie d’enfance de la duchesse de Praslin, était plus explicite et disait : « Grâce à Gabriel, ce malheureux n’a pas eu à comparaître devant la Cour des pairs. » J’imagine, en effet, que le préfet de Police, n’ayant pas encore livré le misérable à la justice, l’a engagé à se débarrasser d’une existence réservée à l’échafaud, car la qualité seule du coupable devait empêcher la grâce royale de descendre sur lui. Cette opinion m’est personnelle, et, quoiqu’elle soit appuyée sur un propos sérieux de Mme Gabriel Delessert, on fera bien de ne l’accepter qu’avec réserve.