Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/106

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de filasse, de chaux, ou d’autres matières semblables préparées en pâte. On laisse sécher le tout jusqu’à un certain degré ; ensuite ayant mêlé dans l’huile telle couleur qu’on veut, et après l’avoir fait cuire à l’ordinaire, on l’applique avec des brosses, suivant le dessein qu’on s’est formé. On dore quelquefois les moulures, les ouvrages de sculpture, et tout ce qui est relevé en bosse mais sans le secours de la dorure, l’éclat et le lustre de ces ouvrages ne cèdent guère à celui du vernis, que les Chinois nomment tsi.

Comme le vernis se vend assez cher, et qu’au contraire cette huile est à bon marché, les marchands ont accoutumé de mêler au vernis une assez grande quantité d’huile de tong-yeou sous prétexte qu’il en faut mettre un peu, pour que le vernis se délaie et s’étende plus aisément. C’est encore du tong-yeou qu’on fait des habits propres à se défendre de la pluie, tels que sont ceux qui se sont en Europe de toile cirée. Mais ils ne peuvent servir que dans les parties septentrionales.

Enfin on peut dire que l’arbre tong chu est un des plus utiles qui soit à la Chine, et qu’on aurait le plus de raison de souhaiter en Europe.


Arbre qui porte le suif.

Le troisième arbre est celui qui porte le suif. Il est de la hauteur d’un grand cerisier. Le fruit est renfermé dans une écorce qu’on appelle yen kiou, et qui s’ouvre par le milieu quand il est mûr, comme celle de la châtaigne. Il consiste en des grains blancs de la grosseur d’une noisette, dont la chair a les qualités du suif ; aussi en fait-on des chandelles, après l’avoir fait fondre, en y mêlant souvent un peu d’huile ordinaire, et trempant les chandelles dans la cire qui vient sur l’arbre dont je vais parler : il s’en forme autour du suif une espèce de croûte qui l’empêche de couler. J’en dirai davantage dans la suite.


Arbre où l’on prend la cire

Le quatrième est le plus rare : il se nomme pe la chu c’est-à-dire, l’arbre de la cire blanche. Il est moins haut que l’arbre du suif, dont il diffère aussi par la couleur de l’écorce, qui est blancheâtre, et par la figure des feuilles plus longues que larges. De petits vers s’attachent à ces feuilles et s’y étant enveloppés pendant quelque temps, y laissent des rayons de cire bien plus petits, que les rayons de miel faits par les abeilles. Cette cire est très dure, et très luisante, et coûte beaucoup plus cher que la cire des abeilles. Ces vers une fois accoutumés aux arbres d’un canton, ne s’en écartent qu’en certaines circonstances, et quand ils ont une fois disparu, on ne les voit plus revenir, et il en faut chercher d’autres. Il y a des marchands qui font ce commerce.


Des bambous

Nous joindrons aux arbres utiles, les cannes, que les Chinois appellent tchou tse et nos Européens bambous. Le jet en est aussi haut que le tronc de la plupart des arbres, et quoiqu’il soit creux en dedans, et qu’il ne soit plein que dans les nœuds, il ne laisse pas d’être très dur, capable de soutenir de grands fardeaux, et, en certains endroits, des maisons de bois assez vastes. On peut le couper en fils déliés, et alors on en fait des nattes, des boîtes, et différents ouvrages assez propres.

Lorsqu’on le brise par morceaux, et qu’on le laisse pourrir et bouillir dans l’eau, jusqu’à ce qu’il soit réduit en une espèce de pâte, on en fait