Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/105

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assez aux larmes de térébinthe. Il rend beaucoup plus de liqueur, si on lui fait une incision, mais il périt aussi plus tôt.

On dit ordinairement que cette liqueur tirée à froid, a je ne sais quelles qualités vénéneuses, dont on n’évite les mauvais effets qu’en tâchant de n’en pas recevoir la vapeur, quand on la change de vase, ou qu’on l’agite. C’est aussi une précaution qu’il faut prendre, quand on la cuit.

Quoiqu’il en soit, il est certain que ce vernis n’en est pas moins estimé, et qu’il est continuellement mis en œuvre par une infinité d’ouvriers. Il prend toutes les couleurs qu’on veut y mêler et s’il est bien fait, il ne perd rien de son lustre et de son éclat, ni par les changements de l’air, ni par la vieillesse du bois où on l’a appliqué.

Mais pour le bien faire, il faut du temps et du soin, car une ou deux couches ne suffisent pas, il y faut revenir plusieurs fois, attendre que la couche qui a été mise égale et mince, soit sèche sans être durcie, prendre garde si celle qu’on met est plus forte, ou d’une couleur plus foncée, et tâcher de venir peu à peu à un certain tempérament, qui seul rend l’ouvrage solide, uni, et éclatant : c’est ce que l’expérience seule apprend aux habiles ouvriers.

Comme il faut mettre quelquefois l’ouvrage dans des lieux humides, quelquefois même le tremper dans l’eau et enfin le tourner et en disposer à son gré : on en fait rarement de gros ouvrages, comme seraient les colonnes arrêtées sur des bases de pierre, dont les bâtiments chinois sont soutenus, celles de la grande salle de l’empire, qu’on décrira dans la suite, et celles de l’appartement de l’empereur ; toutes ces colonnes ne sont point enduites d’un vrai vernis, mais d’une autre liqueur qu’on nomme tong yeou.


Tong yeou, arbre dont on tire de l’huile

Le second arbre est le tong chu, duquel on tire cette liqueur, qui approche du vernis : quand on le voit d’un peu loin, on le prend pour un vrai noyer. Les mandarins tartares, qui étaient venus de Peking avec les missionnaires, et qui n’en avaient jamais vu, y furent trompés, tant il est semblable au noyer, soit par la forme et la couleur de l’écorce, soit par la largeur et le contour des feuilles, soit par la figure et la disposition des noix. Ces noix ne sont pleines que d’une huile un peu épaisse, mêlée avec une pulpe huileuse, qu’on pressure ensuite, pour ne pas perdre la plus grande quantité de la liqueur.

On rapporte que quelques domestiques, qui préparaient leur souper, s’étant servi d’un chaudron où on avait fait cuire cette huile quelques jours auparavant, en furent très incommodés : ce qui fait bien voir qu’elle tient de la malignité du vernis. Pour la mettre en œuvre, on la fait cuire avec de la litharge ; et on y mêle, si on veut, de la couleur : souvent on l’applique sans mélange sur le bois, qu’il défend de la pluie : on l’applique aussi sans mélange sur les carreaux qui forment le plancher d’une chambre ; ils deviennent luisants ; et pourvu qu’on ait soin de les laver de temps en temps, ils conservent leur lustre. C’est ainsi que sont faits les pavés des appartements de l’empereur et des Grands de l’empire.

Mais si on veut faire un ouvrage achevé, s’il s’agit, par exemple, d’orner une salle, une chambre, un cabinet, on couvre les colonnes et la boiserie