Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/108

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Arbrisseaux. Thé. Ses différentes espèces.

Si des arbres on passe aux arbrisseaux, ceux qui portent le thé, doivent être placés au premier rang, parce qu’ils sont à la Chine d’un plus grand et d’un meilleur usage. Le nom de Thé nous est venu du patois, qui se parle à Tsuen tcheou, et à Tchang tcheou fou de la province de Fo kien. Dans le reste de l’empire on se sert du mot tcha comme on le nomme aussi dans les relations portugaises. Mais ce mot comprend bien des espèces de thé, si l’on distingue toutes celles qui dans les provinces ont quelques différences par rapport au nom. A en juger cependant par les propriétés, on peut en quelque manière les réduire toutes à quatre : savoir au song lo tcha, au vou y tcha, au pou eul tcha et au lo ngan tcha.

Le premier est ainsi appelé d’une montagne de Kiang nan dans le ressort de Hoei tcheou fou, dont la latitude est de 29 degrés 58 minutes 30 secondes, qui s’appelle Song lo chan. Elle n’est ni haute, ni fort étendue : elle est toute couverte de ces arbrisseaux, qu’on y cultive sur son penchant, de même qu’au bas des montagnes voisines.

On plante ces arbrisseaux du thé song lo, que nous appelions thé vert, à peu près comme les vignes, et on les empêche de croître ; sans quoi ils iraient jusqu’à six et sept pieds de hauteur : il faut même les renouveler après quatre ou cinq ans, autrement la feuille devient grossière, dure et âpre. La fleur en est blanche, et a la forme d’une rose composée de cinq feuilles. Quand la fleur se passe dans l’arrière saison, on trouve sur la plante une baie, qui a la figure d’une noix charnue, peu humide, et sans mauvais goût.

Ce que je dis de la hauteur de ces arbrisseaux, regarde ceux qui croissent dans la province de Kiang nan ; car ailleurs on laisse croître ces arbrisseaux à leur hauteur naturelle, qui va jusqu’à dix ou douze pieds. C’est pourquoi quand l’arbre est jeune, on fait pencher les branches pour en cueillir plus aisément les feuilles. Le Song lo tcha conservé pendant plusieurs années, est un excellent remède contre plusieurs maladies.

Le Vou y tcha naît dans la province de Fo kien et tire aussi son nom de la fameuse montagne Vou y chan située dans le district de Kien ning fou et éloignée de deux lieues de la petite ville de Tsong gan hien au 27e degré de latitude nord 47 minutes 38 secondes, suivant des observations faites sur le lieu. Cette montagne est la plus célèbre de la province : on y voit quantité de temples, de maisons, d’hermitages de bonzes de la secte de Tao kia qui y attirent un grand concours de peuples.

Dans le dessein de faire passer cette montagne pour le séjour des immortels, ils ont fait placer des barques, des chariots, et d’autres choses de cette nature, dans les trous des rochers les plus escarpés, le long d’un ruisseau qui en fait le partage : de sorte que ces ornements, tout bizarres qu’ils sont, paraissent au peuple grossier, tenir du prodige, et n’avoir été mis dans ces endroits impraticables, que par une force plus qu’humaine. La terre de la montagne qui produit cette plante, est une terre légère, blanchâtre, et sablonneuse.

La hauteur, la grosseur, la culture des arbrisseaux Vou y tcha est la même que celle des arbrisseaux Song lo tcha. La seule différence qu’il y ait, c’est