Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/127

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faits exprès, dont les maisons de plaisance des princes et des Grands seigneurs de la cour sont embellies, ou dans des vases plus profonds que larges, qui ornent assez communément les cours des maisons. Dans ces bassins on ne met que les plus petits qu’on peut trouver : plus ils sont petits, plus ils paraissent beaux et l’on peut d’ailleurs en conserver un plus grand nombre, et ils sont plus divertissants.

Les plus beaux sont d’un beau rouge, et comme semés de poudre d’or, surtout vers la queue, qui est à deux ou trois pointes. On en voit d’une blancheur argentée, et d’autres qui sont blancs, et semés de taches rouges ; les uns et les autres sont fort vifs, et d’une agilité extraordinaire : ils aiment à se jouer sur la surface de l’eau : mais aussi leur petitesse les rend si sensibles aux moindres injures de l’air, et aux secousses mêmes un peu violentes du vase, qu’ils meurent en grand nombre.

Ceux qu’on nourrit dans les étangs, sont de diverses grandeurs. On en a de plus grands que nos plus grosses sardines. On les accoutume à venir sur l’eau au bruit d’une cliquette, dont joue celui qui leur porte à manger.

Ce qu’il y a d’admirable, c’est ce qu’on dit constamment qu’il ne leur faut rien donner pendant l’hiver, si on veut les entretenir en bon état. Il est certain qu’on ne leur donne rien pendant trois ou quatre mois que le grand froid dure à Peking. De quoi vivent-ils ? C’est ce qui n’est pas facile à deviner. On peut croire que ceux qui sont sous la glace pendant l’hiver, trouvent dans les racines des herbes, dont le fonds des étangs est plein, ou de petits vers, ou des parties de racines, lesquelles attendries par l’eau sont propres à les nourrir. Mais ceux qu’on retire des cours pour les empêcher de geler, et qu’on garde l’hiver dans une chambre, enfermés souvent dans un vase de porcelaine, sans qu’on prenne le soin de les nourrir, ne laissent pas cependant vers le printemps, qu’on les remet dans leur ancien bassin, de se jouer avec la même force et la même agilité que l’année précédente.

On dirait que ces poissons connaissent leur maître, et celui qui leur apporte à manger, tant ils sont prompts à sortir du fond de l’eau, des qu’ils sentent qu’il arrive. Aussi les plus grands seigneurs prennent-ils plaisir à leur donner à manger de leur propre main, et ils passent quelque temps à considérer l’agilité de leurs mouvements et leurs différents petits jeux.

Ces poissons, du moins les plus jolis, se pêchent dans un petit lac de la province de Tche kiang près de la petite ville de Tchang hoa hien dépendante de Han tcheou fou, et au pied d’une montagne nommée Tsien king située au trentième degré vingt-trois minutes de latitude. Ce lac est petit, et apparemment qu’il n’est pas le seul qui fournisse tous les poissons d’or, qu’on voit à la Chine dans toutes les provinces, comme dans celles de Quan tong et de Fo kien, où cette espèce peut être aisément conservée et multipliée. Car il est certain que les poissons, même les plus petits, qu’on nourrit dans des vases, sont assez féconds : on en voit les œufs surnager, et pourvu qu’on les ramasse avec certaines précautions, et qu’on les conserve avec soin, la chaleur de la saison ne manque pas de les faire éclore.