Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/126

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Canton, est éloignée de sept de nos lieues et demie de la belle ville de Tching Tcheou, où l’on s’embarque sur le fleuve qui va enfin se jeter dans le grand Yang tse kiang. Mais dans le temps des grandes eaux on ne s’arrête nulle part en prenant la route de Kiang si et de Hou quang. C’est sans doute un grand avantage pour tout le royaume, d’avoir un moyen si facile pour faire communiquer ensemble les provinces les plus éloignées par un perpétuel commerce, qui peut se faire aisément et sur le canal royal par où on va jusqu’à Peking, et sur les autres beaucoup moindres, qui y aboutissent comme autant de chemins de traverses.


Différentes espèces de poissons.

Ces canaux ne manquent pas de poissons, qui montent et descendent des rivières ou des étangs voisins, avec lesquels ils communiquent. On y voit presque toutes les espèces de poissons que nous avons en France dans nos rivières. Plusieurs autres viennent de la mer, et avancent fort loin contre le cours des rivières. On en prend quelquefois des plus grands dans des endroits qui en sont éloignés de 150 lieues. Il y a près de Nan king une pêche fameuse d’aloses, nommée che yu, qui se fait au mois d’avril et de mai. Il y a aussi assez loin de Nan king une plage si fertile en cette sorte de poissons, qu’on en transportait souvent dans une île voisine appelée Tsong ming et qui y était à très vil prix dans le temps qu’on faisait la carte de cette Isle.

Le travail de la géographie qui occupait les missionnaires, ne leur a pas permis d’examiner les différentes espèces de poissons, qui se trouvent dans un si grand nombre de rivières et de lacs : c’est d’ailleurs un détail qui appartient à l’histoire naturelle de la Chine, au cas qu’on ait quelque occasion de la faire.

Ils ont cependant remarqué deux ou trois choses assez singulières. La première, est que dans le grand fleuve Yang tse kiang, non loin de la ville Kieou king fou de la province de Kiang si, en certain temps de l’année il s’assemble un nombre prodigieux de barques, pour y acheter des semences de poissons. Vers le mois de mai les gens du pays barrent le fleuve en différents endroits avec des nattes et des claies l’espace d’environ neuf ou dix lieues, et laissent seulement autant d’espace qu’il faut pour le passage des barques. La semence du poisson s’arrête à ces claies ; ils savent la distinguer à l’œil, quoiqu’on n’aperçoive rien dans l’eau. Ils puisent de cette eau mêlée de semences, et en remplissent plusieurs vases pour la vendre, ce qui fait que dans ce temps-là quantité de marchands viennent avec des barques pour l’acheter et la transporter dans diverses provinces, en l’agitant de temps en temps. Ils se relèvent les uns les autres pour cette opération.

Cette eau se vend par mesure à tous ceux qui ont des viviers et des étangs domestiques. Au bout de quelques jours, on aperçoit dans l’eau des semences semblables à de petits tas d’œufs de poissons, sans qu’on puisse encore démêler qu’elle est leur espèce ; ce n’est qu’avec le temps qu’on la distingue. Le gain va souvent au centuple de la dépense, car le peuple se nourrit en partie de poissons.


Poisson d’or.

La seconde espèce de poisson qui a attiré leur curiosité, est celui qu’on appelle kin yu, ou poisson d’or. On nourrit ces poissons dans de petits