Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/131

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saisons, où deux des plus grands fleuves de la province enflés par les pluies, y déchargent leurs eaux, et en sortent ensuite avec une diminution assez peu sensible.

Dans la province d’Yun nan il y a au moins trois rivières, dont le cours se termine à d’assez grands lacs, mais qui sont moindres que les quatre dont je viens de parler. Les gens du pays les nomment hai, c’est à-dire, mers. On voit au contraire dans la même province, et dans quelques autres, d’assez gros ruisseaux, lesquels après être entrés dans la terre, et s’y être cachés assez longtemps, reparaissent enfin dans un autre lit qu’ils ont creusé. Il n’y a rien en tout cela qui ne soit conforme à la nature des terres et des eaux, et dont on n’ait des exemples dans les pays que nous connaissons.

Le grand nombre de villes qui sont bâties dans cet empire, presque toutes aux bords des lacs, des rivières, et des canaux, en sont sans doute le plus bel ornement, et rendent la navigation agréable, fournissant partout, non seulement de nouveaux objets, mais encore toutes. les commodités de la vie : c’est ce que l’on verra dans la suite par la description géographique que nous en ferons, et qui précédera la carte de chaque province. Mais auparavant j’ai cru devoir donner la connaissance de la grande Muraille, et de quelques nations indépendantes des Chinois ou qui ne leur sont qu’à demi soumises. J’y ajouterai la route qu’ont tenue quelques-uns de nos missionnaires, en parcourant diverses provinces : le détail dans lequel ils entrent de la nature du pays et de tout ce qu’ils y ont remarqué, est si bien circonstancié, qu’en le lisant, on croira faire le voyage soi-même.




DE LA GRANDE MURAILLE
qui sépare la Chine de la Tartarie


Ce fut par une vue de politique que le fameux empereur Tsin chi hoang, se détermina l’an 221 avant Jésus-Christ à bâtir cette célèbre muraille, qui borne la Chine au septentrion, et qui la défend contre les Tartares voisins, lesquels divisés alors en différentes nations, soumis à divers princes, ne pouvaient guère faire autre chose que de l’incommoder par des courses imprévues, et d’y exciter du trouble par leurs pillages. Il n’y avait point encore eu d’exemple de réunion dans les Tartares occidentaux tel qu’on le vit au commencement du XIIIe siècle, que la Chine devint leur conquête.

Il n’y a rien sans doute dans le reste de l’univers qui approche de cet ouvrage, continué le long de trois grandes provinces, Pe tche li, Chan si, et Chen si, bâti souvent dans des lieux qui paraissent inaccessibles, et