Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/132

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fortifié par une suite de places militaires construites avec une égale dépense.

Cette muraille commence par un gros boulevard de pierre élevé dans la mer à l’orient de Peking, et presque à la même hauteur, étant de 40 degrés 2 minutes 6 secondes dans la province de Pe tche li ; elle est aussi bien terrassée et revêtue de brique, aussi haute, mais beaucoup plus large que les murailles des villes ordinaires de l’empire, c’est-à-dire, de 20 à 25 pieds de hauteur.

Le père Régis, et les Pères qui dressaient avec lui la carte des provinces, ont fait plusieurs fois tirer la corde par dessus, pour mesurer des bases de triangle, et prendre avec l’instrument des points éloignés : ils les ont toujours trouvées bien pavées, et assez larges pour que cinq ou six cavaliers puissent y marcher de front à leur aise.

Les portes de la grande Muraille sont fortifiées en dedans par des forts assez grands : le premier à l’orient s’appelle Chang hai koan, il est près de la Muraille, qui depuis le Boulevard bâti dans la mer, s’étend pendant une lieue dans un terrain tout à fait plein, et ne commence à s’élever sur les penchants des montagnes qu’après cette place. Ce fut le général chinois, lequel commandait dans ce quartier-là, qui appela les Tartares de la province de Leao tong qui est au-delà : et ce fut ce qui donna occasion aux Tartares de s’emparer de la Chine, malgré la confiance qu’ils avaient dans ce rempart de leur Muraille, qui paraissait insurmontable.

Telle est la vicissitude des choses humaines : les défenses extérieures, et toutes les forces d’un État, ne servent qu’à y produire des révolutions plus subites, et même à en hâter la ruine, si elles ne sont soutenues par la vertu et par l’application du prince au gouvernement.

Les autres forts également connus, sont Hi fong keou, à 40 degrés 26 minutes ; Tou che keou à 41 degrés 19 minutes 20 secondes ; Tchang kia keou à 40 degrés 5 minutes 15 secondes ; deux entrées célèbres parmi les Tartares soumis à l’empire qui se rendent à Peking par ces passages ; et Cou pe keou à 40 degrés 43 minutes 15 secondes. C’est par où l’empereur Cang hi sortait ordinairement pour aller en Tartarie, et se rendre à Ge ho ell. Ce lieu est à plus de 40 lieues de Peking toujours en s’élevant vers le nord ; ce ne sont que des montagnes où il prenait le plaisir de la chasse ; le chemin qui y conduit depuis Peking est fait à la main, et uni comme un jeu de boule.

C’est là que ce grand prince passait plus de la moitié de l’année, ne cessant pas de gouverner son vaste empire aussi aisément qu’un père de famille gouverne sa maison : il avait beau revenir tard de la chasse, il ne se couchait jamais qu’il n’eût expédié toutes les requêtes, et le lendemain il était encore levé avant le jour. On était souvent surpris de le voir à l’âge de soixante ans, et quoique la neige tombât à gros flocons, à cheval au milieu d’un gros de ses gardes, habillé aussi légèrement qu’eux, chargé d’un côté de son arc, et de l’autre de son carquois, sans daigner se servir d’une chaise qui le suivait à vide.

Toutes ces places sont terrassées et revêtues de briques des deux côtés