Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/173

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


difficile de trouver à point nommé dans les villes de la province de Chan tong qui sont la plupart assez petites, le nombre de portefaix nécessaires pour porter notre bagage.

Nous passâmes dans un faubourg par-dessus un pont à cinq petites arches : ce pont est de marbre, avec ses garde-fous de même ornés de figures de lions d’une sculpture assez grossière. Les dehors des faubourgs sont semés de tombeaux de terre de figure pyramidale, avec des inscriptions sur des tables de marbre. Nous allâmes coucher à quatre lieues de Y tcheou dans un mauvais village, dont toutes les maisons sont de terre et couvertes de chaume. La campagne qui est sablonneuse, rend le chemin incommode aux voyageurs à cause de la poussière.

Au sortir d’Y tcheou la campagne est plus couverte : on commence à voir des haies vives d’épines très fortes et très rudes : on trouve à l’ordinaire de demie lieue en demie lieue des guérites où l’on pose des sentinelles : elles se font des signaux la nuit par des feux qu’elles allument au haut de la guérite, ou par des drapeaux qu’elles suspendent durant le jour. Ces guérites ne sont faites que de gazon, et souvent de terre battue : elles ont douze pieds de hauteur, elles sont carrées, et élevées en talus.

Le 23 nous fîmes neuf à dix lieues : le matin la campagne fut inégale. On marche tantôt sur des hauteurs dont la descente est quelquefois assez raide. La terre était stérile en plusieurs endroits : mais le soir nous traversâmes une campagne fertile, entre deux chaînes de montagnes, l’une à l’est, l’autre à l’ouest ; : celles-ci étaient fort hautes, escarpées, hachées en mille endroits, couvertes de neiges, affreuses à voir à cause des rochers ; celles du côté de l’est étaient plus basses.

Les maisons des villages que nous vîmes sont de pierres mal entassées les unes sur les autres. Dans ces villages tout le peuple est occupé à filer de cette soie grise de Chan tong ou à en faire de l’étoffe. C’est là que nous vîmes de ces vers sauvages qui mangent indifféremment toutes sortes de feuilles, et qui filent une soie grisâtre, dont on fabrique l’étoffe qu’on nomme kien tcheou. C’est une étoffe qui se lave, dont on fait commerce dans tout l’empire. Quoiqu’elle ne paraisse pas belle à la vue, les personnes de qualité ne laissent pas d’en user communément pour les habits qu’on porte dans la maison.

Le 24 nous marchâmes tout le jour entre des montagnes incultes, mais l’entre-deux est ordinairement bien cultivé, et les villages y sont assez fréquents. Nous dînâmes à Mong in hien petite ville dont les murailles n’ont que douze pieds de hauteur, et sont assez mal entretenues. Quoique le chemin inégal nous fît continuellement monter et descendre, il ne laissait pas d’être beau et sec, mais très incommode à cause de la poussière.

Le 25 nous ne fîmes que huit lieues : nous passâmes par un faubourg d’une petite ville nommée Sin tai hien. Nous marchâmes toujours dans des campagnes plates bien cultivées, fort peuplées, et couvertes d’arbres fruitiers. Quoiqu’il y eût des hauts et des bas dans tout le chemin, il n’en était pas moins beau, et la pente en descendant était