Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/180

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Le 6 nous partîmes de ce bourg. Après avoir passé le faubourg, nous trouvâmes un très beau pont, qui a environ cent pas géométriques de longueur, et qui est large de vingt pieds, avec deux grands arcs de triomphe aux deux extrémités. Les garde-fous sont de grandes pierres plates, blanches, et grises, soutenues par de petits piliers de la même pierre qui approche fort de la nature du marbre. Ces pierres sont taillées proprement, et ornées de diverses moulures. Tout le long des garde-fous, il règne une petite banquette de pierre haute de neuf ou dix pouces : le pont est pavé de larges pierres plates assez belles, après quoi suit une grande levée large de plus de quarante pieds, et longue de plus de six à sept cents pas : elle est pavée de la même manière, on voit sur cette levée deux petits ponts de la même structure.

A quatre lieues de Leou li ho, on trouve Leang hiang hien ville assez grande, mais dont les murailles ne sont pas en fort bon état. A une lieue de là on voit un beau pont dont les garde-fous sont de grandes et belles pierres blanches : les extrémités sont soutenues par quatre figures d’éléphant. Nous en vîmes un autre dont les grandes pierres des garde-fous sont percées en manière de balustres. Nous ne fîmes ce jour-là que trois lieues.

Nous nous arrêtâmes dans un village à huit lieues de Peking pour y attendre des nouvelles de nos Pères qui sont à la cour : nous y apprîmes la triste nouvelle de la mort du père Ferdinand Verbiest arrivée le 28 janvier. L’empereur n’épargna rien, pour tâcher de conserver ce Père qu’il honorait de sa bienveillance. Il lui envoya un de ses premiers médecins qui ne quittait point l’impératrice mère laquelle était à l’extrémité : mais le médecin ayant vu le malade, répondit à Sa Majesté, en se servant de l’expression chinoise, que de dix parties il y en avait neuf qui allaient à la mort, et en effet il mourut peu de jours après.

Le 7 les Pères qui sont à la Cour nous envoyèrent un officier du tribunal des mathématiques pour nous conduire à Peking. Aucun d’eux ne put venir en personne, comme ils l’eussent souhaité, à cause du deuil que la mort du père Verbiest les obligeait d’observer à la manière chinoise. Nous partîmes à une heure après midi.

Sur ce chemin qui a près de vingt toises de largeur et souvent davantage, la multitude de peuples, de chevaux, de mulets, d’ânes, de chameaux, de chaises roulantes, de litières, et de charrettes faisaient un si grand fracas, qu’il est difficile d’en donner quelque idée.

Nous traversâmes Lou keou kiao qui est à trois lieues de Peking. C’est une petite ville presque carrée de 1.200 pas de circuit. Il n’y a rien de plus agréable à la vue : les murailles en sont parfaitement belles. Elle a deux portes doubles, avec place d’armes, et de belles salles au-dessus.

En entrant dans la ville, on passe sur un pont, le plus beau que nous ayons encore vu ; il a plus de 170 pas géométriques de long. Les arcades en sont petites. Mais les garde-fous sont faits d’une pierre blanchâtre et dure, qui approche du marbre ; ce sont de grandes pierres de plus de cinq pieds de long, hautes de trois et épaisses de sept à huit pouces, soutenues de chaque côté par des pilastres ornés de moulures, et qui portent