Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/179

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de fer ; le plus souvent le pilier qui est de bois est saisi entre ces quatre pierres, comme entre autant de jumelles. Ces bases au lieu de cimaise, ont une espèce de chapiteau à longues feuilles de glaïeul, à ce qu’il semble.

Après avoir quitté Hiong hien où nous dinâmes, nous fîmes quatre lieues pour aller coucher à Pe keou ho gros bourg fermé aux deux extrémités par deux portes, sur lesquelles il y a des pagodes. Le pays à l’ordinaire est très peuplé, les villages deviennent plus beaux ; les maisons sont presque toutes couvertes de tuiles posées en forme de demi canal et fort épaisses.

Le 5 à deux lieues de ce bourg nous passâmes plusieurs canaux, et après avoir fait encore une lieue, nous traversâmes la ville de Sin tching hien. Sa figure est carrée, et elle n’a guère que douze à treize cents pas de circuit. Ses murailles ont vingt-cinq pieds de hauteur.

L’après dîner nous traversâmes la ville de Tso tcheou par le milieu, c’est-à-dire, par sa principale rue, qui est fort large et tirée à la ligne. Cette ville qui a bien trois mille pas de circuit, est plus peuplée que les autres : les faubourgs du sud et du nord sont fort longs, les rues belles et droites, les maisons à la chinoise, basses et d’un ou deux étages. A la sortie du faubourg du nord, le point de vue est admirable : à droite, est une campagne à perte de vue sans la moindre hauteur ou inégalité ; et à gauche une chaîne de montagnes, qui selon les apparences se continuent autour de la province de Pe tche li jusqu’à la mer. Nous la côtoyâmes jusqu’à Peking.

On trouve aussitôt un pont de neuf arches, dont les arcs portent sur des piles carrées de pierre, qui laissent une saillie, laquelle tient lieu de perron. Tout cet ouvrage est solide et épais. Le pont est pavé de gros quartiers de pierre. Les appuis du pont qui ont deux pieds et demi de haut, sont faits de grands panneaux de marbre blanc, poli, mais assez grossier, coulés dans des rainures faites en des poteaux pareillement de marbre blanc de quatre pieds de haut. Ces poteaux sont au nombre de soixante-deux de chaque côté. Les panneaux, surtout ceux du milieu, ont plus de six pieds de long ; ils vont ensuite en diminuant peu à peu jusqu’aux deux bouts du pont. Il y a deux glacis ou talus pour y monter insensiblement. Ce glacis s’unit à une levée de terre d’environ 500 pas au bout de laquelle on trouve un autre pont de trente-quatre poteaux de chaque côté, semblable au premier.

A l’entrée on laisse à droite un che pei : c’est une grande pierre de marbre enfermée dans un grand salon carré de brique ; elle est posée sur une base de marbre de deux pieds et demi de haut, et de quatre pas en carré : c’est sans doute un monument en l’honneur de quelque personnage illustre, tel qu’on en voit plusieurs sur les chemins. Ces monuments de pierre qu’on voit au bout des ponts, s’élèvent à l’honneur de celui ou de ceux qui ont fait quelque dépense pour le bien public, ou quelque action illustre.

Depuis trois jours la terre paraît plus grise et plus dure et l’on continue de trouver un monde infini qui va et qui vient. Nous allâmes coucher à deux lieues de Tso tcheou dans un gros bourg nommé Leou li ho. Il y a des portes à ses deux extrémités et une espèce de faubourg. Nous fîmes ce jour-là douze lieues,