Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/215

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Les Chinois ont commerce avec M. Meng ; ils transportent leurs marchandises sur des chevaux. On prend dans ce district de ces animaux qui portent le musc, mais on en prend davantage aux environs de M. Pan, de M. Tchai daou et de M. Kong, toutes trois dépendantes de M. Vinan. On en trouve aussi beaucoup dans le district de M. Tai yai.

L’animal qui porte le musc, est grand comme une petite chèvre. Son corps jette un parfum d’une odeur très agréable. Il a sous le ventre une bourse trois ou quatre fois grosse comme le pouce ; quand on la coupe, on croirait que c’est un morceau de graisse ou de lard : on la fait sécher jusqu’à ce que cette matière se puisse réduire en poudre, et alors on la vend dans le pays même au poids de l’argent. Cette poudre est de couleur jaunâtre, et a une odeur admirable.

Il y a défense dans le pays de vendre de véritables bourses aux étrangers. Les naturels du pays en sont de fausses avec des morceaux de la peau de l’animal, qu’ils remplissent de son sang, et des autres humeurs, auxquelles ils joignent du bois pourri ; puis ils les lient, et les font sécher. Les villageois en portent quantité à M. Meng, où ils les changent avec des choses de peu de valeur, et ceux de M. Meng les vendent assez cher aux étrangers.

Moang Kemarat est comme la capitale d’une province ou d’un district du même nom, qui a quatre cents senes de circuit, et environ huit journées d’étendue ; cette province est tributaire de Hauva. Dans le temps que les Chinois passèrent par ce pays, son roi s’appelait Pra tchiao otang. Il envoyait tous les ans des ambassadeurs au roi de Hauva pour porter le tribut, qui consistait en deux petits arbrisseaux avec leurs feuilles et leurs fleurs, l’un d’or, et l’autre d’argent.

M. Kemarat a du côté de l’orient M. Lee ; du côté du nord M. Lang ; au sud M. Kiang seng et M. Kiang hai ; à l’est M. Vai, M. Rong, M. Ngong, M. Lahi, M. Maa, et M. Laa ; au nord M. Hang, M. Kroa, M. Loey, M. Giang, et M. Pen. De M. Hang à M. Kroa il y a une journée de chemin, et une autre journée de M. Loey à M. Giang. Ces onze villes ou peuplades sont du ressort de M. Kemarat. On a dans le pays l’usage des armes à feu, ils ont de grands et petits canons, des mousquets, des sagaies, et des arbalètes.

Tandis que les Tartares achevaient de se rendre maîtres de la Chine, grand nombre de Chinois fugitifs de la province d’Yun nan se jetèrent sur les terres de leurs voisins, et s’en emparèrent. Les habitants de M. Kemarat furent forcés d’abandonner leur ville.

Avant que les Chinois les en eussent chassés, ils venaient régulièrement tous les ans trafiquer avec ces peuples, et leur apportaient de la Chine des velours, et d’autres étoffes de soie, des camelots, des tapis, du crin, des toiles de coton bleues et noires, du musc, du vif argent, des cauris, et des bonnets à la chinoise, des chaudières, et d’autres ustensiles de cuivre, des pierreries vertes, de l’or, de l’argent et de la porcelaine. Ils emportaient du coton filé, de l’ivoire, une espèce de terre ou pâte médicinale nommée jadam,