Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/231

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troisième contient des habits fourrés de petit gris, de renards, d’hermine, de zibeline, dont l’empereur récompense quelquefois ses gens. Il y en a un de pierres précieuses, de marbres extraordinaires, et de perles pêchées en Tartarie. Le plus grand qui est à deux bas étages, est plein d’armoires, qui renferment les diverses étoffes de soie, qu’on fait exprès à Nan king, à Hang tcheou, et à Sou tcheou pour l’usage de l’empereur et de sa famille, et qui sont les meilleures de l’empire, parce qu’elles se font par les soins et sous les yeux d’un mandarin qui préside à ces ouvrages, et qui serait puni, s’ils n’étaient dans la dernière perfection.

Les autres magasins renferment les flèches, les arcs, les selles, soit qu’on les ait travaillées à Peking, soit qu’on les ait apportées des pays étrangers, ou qu’elles aient été offertes par de grands princes et qu’on les ait destinées à l’usage de l’empereur et des princes ses enfants. Il y en a un aussi, où l’on ramasse tout ce que la Chine a de meilleur en espèces de différent thé, avec divers simples, et d’autres drogues les plus estimées.

On peut sortir de cette galerie par cinq portes : l’une est à l’est, et l’autre à l’ouest ; les trois autres sont à la façade du sud, mais celles du milieu ne servent jamais qu’à l’empereur. Les mandarins qui viennent faire la cérémonie devant la salle impériale, entrent par celles qui sont à côté.

Cette façade n’a rien de singulier : elle a une grande cour, dans laquelle on descend par un escalier de marbre orné de deux grands lions de cuivre, et d’une balustrade de marbre blanc, qui fait un fer à cheval bordant un ruisseau, lequel traverse le palais en serpentant, et qui a ses ponts de la même matière. Je ne finirais pas si j’entreprenais de décrire les autres édifices que l’on voit dans un si grand palais. Ceux-ci sont d’ailleurs les plus magnifiques au jugement des Chinois et des Tartares, et suffisent pour se former l’idée de tout cet ouvrage.

Les palais des enfants de l’empereur, et des autres princes du sang, sont très propres en dedans, fort vastes, et bâtis avec beaucoup de dépense ; c’est partout le même dessein dans le corps de l’ouvrage, et dans les embellissements. Une suite de cours ornées sur les ailes de bâtiments, et en face d’une salle vernissée, élevée sur une plate-forme haute de trois ou quatre pieds, bordée de grands quartiers de pierre de taille, et pavée de larges carreaux de brique. Les portes qui donnent ordinairement dans de petites rues peu fréquentées, ont pour tout ornement deux lions de bronze ou de pierre blanche assez mal travaillés, sans aucun ordre d’architecture, ni aucune sculpture de pierre, telle qu’on en voit dans les arcs de triomphe.

Je ne m’étendrai pas d’avantage sur ce superbe édifice, le seul de cette grande ville qui mérite de l’attention, d’autant plus que j’en parle encore ailleurs, et que ce que j’en dirai dans la suite, joint à ce que je viens de dire, en donnera toute la connaissance qu’on peut désirer.

Les tribunaux des juridictions souveraines sont aussi fort vastes, mais mal bâtis, encore plus mal entretenus. Ils ne répondent nullement à la majesté de l’empire. On sait qu’il y en a six, dont je ne dis ici qu’un mot, parce que j’en parlerai plus au long dans la suite.