Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/246

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presque à cinq grandes lieues et demie, et quatre cent soixante-six de nos toises.

Elle n’est pas sur le grand fleuve Yang tse kiang mais elle n’en est éloignée que d’une lieue, et les barques s’y rendent par plusieurs canaux, qui du fleuve aboutissent dans la ville. On voit sur ces canaux quantité de barques impériales, qui ne le cèdent guère à nos médiocres vaisseaux par leur grandeur.

Nan king est de figure irrégulière : les montagnes qui sont dans la ville, et la nature du terrain, n’étaient pas capables d’une autre disposition, sans de grands inconvénients. Elle a été autrefois la ville impériale, et c’est ce qui lui a fait donner le nom de Nan king, qui veut dire, Cour du Sud, de même que Peking signifie Cour du Nord : mais depuis que les six grands tribunaux, qui étaient alors également dans ces deux villes, sont tous réunis à Peking, l’empereur lui a donné le nom de Kiang ning. On ne laisse pas dans le discours de l’appeler souvent de son ancien nom mais on ne le souffrirait pas dans les actes publics.

Cette ville est bien déchue de son ancienne splendeur : elle avait autrefois un palais magnifique, dont il ne reste plus aucun vestige, un observatoire, qui est maintenant abandonné, et presque détruit, des temples, des sépulcres d’empereurs, et d’autres monuments superbes, dont il ne reste qu’un triste souvenir. Les premiers Tartares qui firent irruption dans l’empire, ont démoli les temples et le palais impérial, détruit les sépulcres, et ravagé presque tous les autres monuments, pour contenter leur avarice, et leur haine envers la dynastie régnante.

Il y a environ le tiers de son terrain qui est tout à fait désert ; le reste est fort habité : on y voit des quartiers si marchands et si peuplés, qu’on a peine à croire qu’il y ait plus de fracas ailleurs ; ce qui serait encore plus remarquable, si les rues y étaient aussi larges que celles de Peking, mais elles sont deux ou trois fois au moins plus étroites. Cependant elles sont assez belles, bien pavées, et bordées de boutiques propres et richement fournies.

C’est dans cette ville que réside un de ces grands mandarins nommé Tsong tou, auquel sont évoquées les affaires importantes, non seulement des tribunaux de l’un et de l’autre gouverneur de ladite province, mais encore du tribunal du gouverneur de la province de Kiang si. Les Tartares y ont aussi une grosse garnison sous un général de leur nation, et occupent un quartier, qui est séparé du reste de la ville par une simple muraille.

Les palais habités par les mandarins, soit tartares, soit chinois, ne sont ni plus spacieux, ni mieux bâtis que le sont ceux des autres capitales des provinces. On n’y voit point de bâtiments publics, qui répondent à la réputation d’une ville si célèbre, si l’on en excepte ses portes, qui sont d’une grande beauté, et quelques temples dédiés aux idoles. Tel est celui où est la fameuse tour de porcelaine : elle a huit faces, chacune de quinze pieds ; elle est haute de vingt toises chinoises, c’est-à-dire, de deux cents pieds, et divisée en neuf étages par de simples planchers en dedans, et en dehors par des corniches à la naissance des voûtes, que soutiennent de