Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/248

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Seconde ville, capitale de la partie orientale
de la province Y TONG.

SOU TCHEOU FOU


C’est une des plus belles et des plus agréables villes qu’il y ait à la Chine ; les Européens qui l’ont vue, la comparent à Venise, avec cette différence, que Venise est au milieu de la mer, et que Sou tcheou est dans l’eau douce. On s’y promène dans les rues par eau et par terre : les bras de rivière et les canaux, sont presque partout capables de porter les plus grandes barques ; elles peuvent même traverser la ville, et déjà se rendre à la mer, qui n’en est éloignée que de deux journées au plus.

Elle fait commerce non seulement dans toutes les provinces de l’empire, mais encore avec le Japon, dont sa situation l’approche, n’en étant séparée que par un bras de mer, que les petits vaisseaux marchands traversent quelquefois en deux ou trois jours.

Il n’y a point de pays plus riant pour la situation et pour le climat ; plus peuplé pour la quantité de villes et de bourgades qu’on voit de toutes parts ; plus cultivé, n’y ayant pas un pouce de terre où il n’y ait du fruit, du blé, ou du riz ; plus entrecoupé de rivières, de canaux, de lacs, et sur tout cela grand nombre de barques de toutes les façons, grandes, petites, peintes ou dorées, les unes remplies de personnes qualifiées qui y sont logées plus proprement que dans leurs maisons, les autres chargées de riches marchandises, plusieurs destinées pour des parties de divertissement.

C’est proprement, de même que Hang tcheou de la province de Tche kiang une ville de plaisir ; rien n’y manque de tout ce qui fait les délices de la vie. Aussi trouve-t-on dans les livres chinois un ancien proverbe, qui dit Chang yeou tien tang, Hia yeou fou hang : en haut est le paradis, en bas c’est Sou tcheou et Han tcheou : on peut dire en effet, que ces deux villes sont le paradis terrestre de la Chine.

Dans cette ville, comme dans Hang tcheou et dans quelques autres villes de l’empire, on en peut compter trois ; une dans l’enceinte des murailles, à laquelle on donne plus de quatre lieues de circuit : une autre dans les faubourgs qui s’étendent fort loin sur tous les bords des canaux ; et une troisième dans les barques, qui sont autant de maisons flottantes, arrangées sur l’eau durant plus d’une lieue en plusieurs files. Le corps de plusieurs de ces barques égale nos vaisseaux du troisième rang.

Tout cela forme un spectacle qu’on ne peut pas bien décrire, et qu’il faudrait avoir vu pour juger combien il est agréable. Cette grande ville n’a que six portes par terre, et autant par eau. A voir le mouvement continuel de ce peuple immense, et l’embarras que font de tous côtés, tant ceux qui viennent vendre, que ceux qui viennent acheter, on croirait que toutes les provinces viennent négocier à Sou tcheou. Les bro-