Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/277

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CHAO OU FOU. Septième ville.


Cette ville, qui est comme une des clefs de la province, n’était pas autrefois fort considérable : elle l’est devenue depuis, et sa situation la rend très forte et très commode ; elle est environnée de plusieurs forts ou places de guerre, qui ne sont différentes des villes ordinaires, que par les troupes qui y sont en garnison. Dans le district de cette ville il y a des manufactures de fort belles toiles, d’une espèce de chanvre, qui sont fort recherchées dans l’empire, parce qu’elles sont fraîches en été, et que lorsqu’on sue, elles ne s’attachent point au corps. Elle n’a sous sa juridiction que quatre villes du troisième ordre.


TCHANG TCHEOU FOU. Huitième ville.


Cette ville, qui est la plus méridionale de la province, a dans son ressort dix villes du troisième ordre. Elle est située sur les bords d’une rivière où il y a flux et reflux. On voit au midi de la ville sur cette rivière un fort beau pont, qui est de trente-six arches fort élevées, et qui fait un chemin si large, que les deux côtés sont remplis de boutiques, où l’on vend tout ce qui se trouve de rare dans l’empire, et tout ce qui s’apporte des pays étrangers : car elle est peu éloignée du port d’Emouy qui est un lieu de très grand commerce, et toutes les marchandises montent continuellement la rivière qui baigne les murs de Tchang tcheou. C’est ce qui rend cette ville fort peuplée et fort célèbre. On tire de ses montagnes le plus beau cristal qu’on voie, dont les ouvriers chinois font des boutons, des cachets, des figures d’animaux, etc.

Ses habitants ont beaucoup d’esprit, sont industrieux, et ont un grand talent pour le négoce. Il croît dans tout son territoire quantité d’orangers ; les oranges qu’ils produisent, sont beaucoup plus grosses que celles qu’on a en Europe ; elles ont le goût et l’odeur de raisin muscat ; on les confit avec l’écorce, et on les transporte dans tout l’empire, et dans les pays étrangers.

On a trouvé dans cette ville quelques vestiges de la religion chrétienne. On ne sait s’ils étaient anciens ou nouveaux ; ce qu’il y a de certain, c’est que le père Martini a vu chez un lettré un vieux livre de parchemin écrit en caractères gothiques, où était en latin la plus grande partie de l’Écriture sainte. Il offrit une somme d’argent pour l’avoir ; mais le lettré, quoiqu’il ne connût point la religion chrétienne, ne voulut jamais s’en dessaisir, parce que c’était un livre qu’on conservait depuis longtemps dans sa famille, et que ses ancêtres avaient toujours regardé comme un meuble très rare, et également précieux.