Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/284

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déliée, d’un teint olivâtre, dont les cheveux lissés pendent négligemment sur les épaules, armé d’un arc et d’un javelot, n’ayant pour tout habit qu’une toile de deux ou trois pieds, qui lui entoure le corps depuis la ceinture jusqu’aux genoux, et l’on aura le véritable portrait d’un brave de la partie méridionale de l’île de Formose.

Dans la partie du nord, comme le climat y est un peu moins chaud, ils se couvrent de la peau des cerfs qu’ils ont tués à la chasse ; ils s’en font une espèce d’habit sans manches, de la figure à peu près d’une dalmatique. Ils portent un bonnet en forme de cylindre, fait du pied des feuilles de bananiers, qu’ils ornent de plusieurs couronnes posées les unes sur les autres, et attachées par des bandes fort étroites, ou par de petites tresses de différentes couleurs. Ils ajoutent au-dessus du bonnet, comme ceux du midi, une aigrette de plumes de coq ou de faisans.

Leurs mariages n’ont rien de barbare : on n’achète point les femmes, comme à la Chine, et on n’a nul égard au bien qu’on peut avoir de part et d’autre, comme il se pratique en Europe. Les pères et les mères n’y entrent presque pour rien.

Lorsqu’un jeune homme veut se marier, et qu’il a trouvé une fille qui lui agrée, il va plusieurs jours de suite avec un instrument de musique à sa porte : si la fille en est contente, elle sort et va joindre celui qui la recherche ; ils conviennent ensemble de leurs articles, ensuite ils en donnent avis à leurs pères et à leurs mères. Ceux-ci préparent le festin des noces qui se fait dans la maison de la fille, où le jeune homme reste sans retourner désormais chez son père. Dès lors le jeune homme regarde la maison de son beau-père comme la sienne propre, il en est le soutien ; et la maison de son propre père n’est plus à son égard, que ce qu’elle est à l’égard des filles en Europe, qui quittent la maison paternelle, pour aller demeurer avec leur époux. Aussi ne mettent-ils point leur bonheur à avoir des enfants mâles, ils n’aspirent qu’à avoir des filles, lesquelles leur procurent des gendres, qui deviennent l’appui de leur vieillesse.

Quoique ces insulaires soient entièrement soumis aux Chinois, ils conservent encore quelques restes de leur ancien gouvernement. Chaque bourgade se choisit trois ou quatre des plus anciens, qui sont le plus en réputation de probité : ils deviennent par ce choix les chefs et les juges du reste de l’habitation : ce sont eux qui terminent en dernier ressort tous les différends, et si quelqu’un refusait de s’en tenir à leur jugement, il serait chassé à l’instant de la bourgade, sans espérance d’y pouvoir jamais rentrer, et nulle autre bourgade n’oserait le recevoir.

Ils paient leur tribut aux Chinois en grains, en queues ou peaux de cerfs, ou en autres choses de cette nature, qu’ils trouvent facilement dans l’île. Pour régler ce qui concerne ce tribut, il y a dans chaque bourgade un Chinois qui en apprend la langue, afin de servir d’interprète aux mandarins. Ces interprètes, qui devraient procurer le soulagement de ce pauvre peuple, et empêcher qu’il ne soit surchargé, sont autant de petits tyrans qui poussent à bout, non seulement la patience de ces insulaires, mais même