Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/290

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poli et engageant. Il ne fut pas plus tôt en charge, qu’il fit publier jusque dans Formose une amnistie générale pour tous ceux qui se soumettraient à la domination tartare, avec promesse de leur procurer les mêmes charges, les mêmes honneurs, et les mêmes prérogatives qu’ils possédaient sous leurs chefs particuliers.

Cette déclaration eut tout l’effet que pouvait espérer le Tsong tou yao : la plupart de ceux qui avaient suivi Tching tching cong avaient abandonné leur pays, leurs femmes, et leurs enfants ; éloignés dans une terre étrangère, inculte, et presque inhabitée, sans espérance d’en retirer sitôt aucun avantage considérable, ils étaient ravis de trouver une porte honnête pour retourner chez eux. Quelques-uns ne délibérèrent point, et quittèrent d’abord Tching ke san pour aller dans le Fo kien. Le tsong tou yao les reçut avec tant de politesse, et leur fit de si grands avantages, qu’ils furent suivis bientôt après de plusieurs autres.

Le tsong tou yao crut alors que la conjoncture était favorable pour s’emparer de Formose. Il fit partir aussitôt une flotte considérable sous les ordres d’un ti tou ou lieutenant général, pour se saisir des îles de Pong hou. Le ti tou y trouva plus de résistance qu’il ne croyait : les soldats, avec le secours du canon hollandais, se défendirent avec vigueur ; mais enfin il fallut céder au nombre et à la force.

L’île de Pong hou étant prise, le conseil du jeune prince jugea qu’il serait difficile dans la situation d’esprit où étaient les troupes, de conserver Formose, et sans attendre que le ti tou vînt les attaquer dans les formes, ils dépêchèrent un vaisseau, pour porter un placet à l’empereur au nom du jeune prince par lequel il se soumettait à Sa Majesté. Voici ce placet traduit fidèlement du chinois.


LE ROI D’YEN PING GRAND GÉNÉRAL D’ARMÉE, TCHING KE SAN,
présente ce placet à l’empereur.


Lorsqu’abaissé aux pieds de Votre Majesté, je fais attention à la grandeur de la Chine ; que depuis un temps immémorial elle s’est toujours soutenu avec éclat ; qu’un nombre infini de rois s’y sont succédé les uns aux autres ; je ne puis m’empêcher d’avouer que c’est l’effet d’une providence spéciale du Tien, qui a choisi votre illustre maison pour gouverner les neuf terres[1] : le Tien n’a fait ce changement que pour perfectionner les cinq vertus[2], comme cela paraît clairement, par le bon ordre et l’heureux succès de tout ce que votre Majesté a entrepris.

  1. C’est-à-dire, tout le monde habitable. Les Chinois divisent les terres en neuf espèces : 1° montagnes de bonne terre. 2° montagnes pierreuses. 3° terres & collines. 4° terres noires & sèches. 5° terres humides. 6° terres sablonneuses. 7° terres grasses. 8° terres jaunes. 9° terres rouges.
  2. La Charité, la Justice, l’honnêteté ou les cérémonies, la prudence, la fidélité ou la bonne foi.