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représenta à l’empereur dans un second placet, en envoyant les sceaux et ceux des principaux officiers, qu’étant né dans les contrées méridionales, et étant d’une santé fort faible, il appréhendait les froids du nord, qu’ainsi il suppliait Sa Majesté de lui permettre de se retirer dans la province de Fo kien dont ses ancêtres étaient sortis.

Ce dernier placet n’eut aucun effet, de sorte que ce malheureux prince, qui se voyait presque abandonné, fut obligé de remettre Formose entre les mains des Tartares, et d’aller à Peking, où il fut revêtu de la qualité de comte à son arrivée à la cour, qui fut la vingt-deuxième année de Cang hi, et la 1683e de l’ère chrétienne.



CINQUIÈME PROVINCE
DE L'EMPIRE DE LA CHINE.


TCHE KIANG


Cette province est une des plus fertiles de l’empire, et où il y a le plus de commerce. Elle est bornée au levant par la mer ; au midi par la province de Fo kien ; au septentrion, et au couchant par les provinces de Kiang nan et de Kiang si dont elle est environnée. On y compte onze fou ou villes du premier ordre, qui sont comme autant de provinces ; et 77 villes, tant du second, que du troisième ordre, sans compter un nombre infini de bourgs et de villages fort peuplés.

Tout le pays qui est mêlé de montagnes presque toutes cultivées, et de rases campagnes du moins aussi fertiles, est encore percé de rivières et de canaux creusés par la nature, ou par l’industrie des Chinois. Ces canaux sont larges, profonds, et revêtus de chaque côté de pierres de taille, avec des ponts de distance en distance, qui joignent les campagnes de part et d’autre ; de sorte qu’on peut voyager par eau et par terre dans toute la province. Les sources d’eau vive, et les lacs qui s’y trouvent, contribuent encore à sa fertilité.

Ses habitants sont d’un caractère fort doux ; ils ont beaucoup d’esprit et de politesse ; les étoffes de soie brodées d’or et d’argent, qu’ils fabriquent avec industrie, sont les meilleures qui se fassent dans toute la Chine, et à si bon marché, qu’un habit d’assez belle soie coûte moins, que ne coûterait en Europe un habit de laine la plus ordinaire. Aussi y voit-on quantité de champs remplis de mûriers nains, qu’on empêche de croître, et qu’on plante et taille à peu près comme les vignes. Une longue expérience a appris aux Chinois, que les feuilles des plus petits mûriers, produisent la meilleure soie.

On nourrit dans cette province une si grande quantité de vers à soie, qu’on peut dire qu’elle est en état de fournir presque elle seule à bon