Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/362

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à une portée de pistolet du rivage ; six vaisseaux peuvent y passer les deux moussons dans l’abri le plus assuré.

On trouve sur les rivages de ce port des plantes maritimes, et des madrépores de toute espèce ; on y voit aussi quelques arbres qui donnent le sang de dragon, et plusieurs autres de différentes sortes, qui distillent par l’incision un jus blanc, lequel en durcissant prend une couleur rougeâtre, et dont la consistance formée, n’a aucun rapport parfait avec les gommes, ou avec les résines. Cette matière jetée dans une cassolette, brûle lentement, et répand une odeur moins forte et plus agréable que celle de l’encens.

On voit parmi les rochers, à une médiocre profondeur d’eau, de petits poissons bleus, qui ressemblent bien mieux au dauphin, que la dorade. Les Chinois en font plus de cas que des poissons dorés de leurs rivières, qu’ils conservent avec tant de soin dans leurs maisons. Ce qu’il y a de fâcheux, c’est que ces petits poissons bleus ne vivent que peu de jours, quand on borne leur élément.

On a publié dans des relations, qu’un lac de cette île avait la vertu de pétrifier tout ce qu’on y jetait. Sans nier ce fait, on en pourrait douter, parce que ces insulaires n’en ont aucune connaissance. Ce qu’il y a de vrai, et qui aura pu donner lieu à cette opinion, c’est que rien n’est plus commun à Canton que ces fausses pétrifications, que les Chinois savent parfaitement imiter. On a débité de même que nulle part ailleurs on ne trouvait tant de perles que sur les rivages de l’île du côté du septentrion. Si cela a été vrai autrefois, il faut que la côte en soit maintenant entièrement dépeuplée : car on n’y en trouve plus. On en pêche de très petites sur les côtes de la province de Quang si, qui sont très chères. C’est des Indes qu’il s’en transporte à la Chine.

Parmi les animaux que l’île produit, on y voit une espèce curieuse de grands singes noirs, dont la physionomie approche assez de la figure humaine, tant ils ont les traits bien marqués, mais cette espèce est rare : il y en a de gris, qui sont fort laids et fort communs.

Le gibier y abonde, et l’on y peut chasser de toutes les manières. Les perdrix, les cailles, et les lièvres ne valent pas ceux d’Europe ; mais les bécassines, les sarcelles, et tous les oiseaux de rivière sont très bons. Il y a une poule de bois, qui est d’un goût exquis, l’on a en abondance les tourterelles, et deux espèces de ramiers. Les cerfs, de même que les cochons marins, qui sont une espèce de sangliers, y sont fort communs.

On y voit aussi plusieurs oiseaux curieux, tels que sont des corbeaux avec une cravate blanche, des étourneaux qui portent sur le bec une petite lunette, des merles d’un bleu foncé, qui ont deux oreilles jaunes, élevées d’un demi pouce, qui parlent et qui sifflent parfaitement bien ; de petits oiseaux de la grosseur d’une fauvette, qui sont du plus beau rouge qu’on puisse voir, et d’autres, dont le plumage est d’un jaune doré, qui a beaucoup d’éclat. Ces deux espèces d’oiseaux, quoique différentes, se trouvent toujours ensemble.

Il faut que les reptiles n’y soient pas dangereux, vu la confiance avec