Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/469

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Le tiers des habitants de l’empire, qui avaient un certain âge, fut occupé à ce travail, les pierres devaient être si bien liées par le ciment, qu’il en eût coûte la vie à l’architecte, si l’on eût pu faire entrer un clou de force en quelque endroit des pierres jontoyées. On pratiqua de larges voûtes pour le passage des rivières ; on bâtit tout le long de la muraille des citadelles d’espace en espace pour y loger des garnisons, et on éleva des portes dans les endroits les plus commodes pour faciliter le commerce, et pour donner passage aux troupes, quand il serait nécessaire de les faire passer en Tartarie. Enfin sept à huit cavaliers pouvaient marcher de front sur le haut de la muraille, ce qui fait connaître sa largeur. Cette muraille fut bâtie si solidement, qu’elle subsiste encore presque partout depuis tant de siècles, et ce qu’il y a de surprenant, c’est qu’elle fut achevée dans l’espace de cinq ans.

Un si prodigieux ouvrage était capable d’immortaliser ce prince ; mais sa vanité n’était pas contente de la comparaison qu’on faisait de lui avec ses prédécesseurs : il prétendait avoir effacé toute leur gloire, et afin que la postérité ne parlât que de lui seul, il s’efforça d’anéantir leur mémoire.

Comme c’est surtout dans les livres appelés King, et dans les ouvrages de Confucius, qu’on rapporte les vertus et les actions de ces grands empereurs, qui doivent servir de modèles aux bons princes, Chi hoang ti publia un édit par lequel il ordonnait sous peine de la vie de brûler tous ces livres : on n’exceptait de l’incendie que les livres qui traitent de l’architecture, et de la médecine.

Il ne manqua pas de prétextes pour autoriser des ordres qui portaient la désolation dans toutes les parties de l’État. Ces livres étaient utiles, disait-il, lorsque l’empire se trouvait partagé en plusieurs souverainetés, afin qu’on pût gouverner les peuples selon les mêmes lois ; mais maintenant toutes les parties de l’empire étant réunies sous un seul souverain, c’est le même esprit qui gouverne, et qui anime tout.

Ces sciences, ajoutait-il, auxquelles une infinité de gens s’appliquent, ne servent qu’à fomenter l’oisiveté et la fainéantise, tandis qu’on néglige l’agriculture, qui est la source du bonheur des peuples.

Enfin ces livres, selon lui, contenaient des semences de révolte : ceux qui en faisaient leur étude continuelle, s’érigeaient en réformateurs de l’État ; et si les sages ordonnances du prince régnant, qui varient selon les conjonctures, n’étaient pas conformes aux anciens règlements de l’empire, on se donnait la liberté de décrier témérairement sa conduite, et l’on soufflait par des discours séditieux l’esprit de désobéissance et de rébellion.

Cet édit fut exécuté par tous les gouverneurs avec la dernière