Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/526

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des modèles sur lesquels vous vous formiez au gouvernement ; car je ne mérite pas que vous jetiez les yeux sur moi, j’ai fait trop de fautes depuis que je gouverne l’empire. Visez toujours à ce qu’il y a de plus parfait, sans quoi vous n’atteindrez jamais à ce juste milieu en quoi consiste la vertu. Enfin prenez garde que l’éclat de votre rang ne vous enfle d’orgueil, ou ne vous amollisse par les délices d’une vie voluptueuse, car si cela était vous perdriez l’empire, et vous vous perdriez vous-même. »

Tai tsong mourut la quarante-sixième année du cycle à la cinquante-troisième année de son âge, et l’année suivante son fils Kao tsong fut reconnu empereur.


KAO TSONG. Troisième empereur.
A régné trente-quatre ans.


Il n’y avait que cinq ans qu’il était sur le trône, lorsqu’il fut pris de la plus forte passion pour Vou chi, cette jeune fille, dont j’ai déjà parlé, et que Tai tsong avait mis au rang de ses femmes. Elle s’était retirée dans un monastère de bonzesses. L’empereur alla la chercher lui-même, et la conduisit dans son palais.

Peu après, sous prétexte qu’il n’avait point d’enfant mâle, il répudia l’impératrice, et l’une des reines, sans écouter les remontrances de ses ministres qui s’y opposèrent de toutes leurs forces. Vou chi fut donc placée sur le trône. Elle s’aperçut néanmoins que ce prince ne perdait pas le souvenir des princesses répudiées : de rage, elle leur fit couper les mains et les pieds, et quelques jours après elle leur fit trancher la tête. Mais à peine eut-elle exercé ces cruautés, qu’elle se crut poursuivie nuit et jour par les mânes de ces princesses, comme par autant de furies prêtes à se jeter sur elle. L’effroi qu’elle en eut lui faisait changer continuellement de place.

Cependant l’empereur se passionnait de plus en plus pour un objet indigne de son amour : il s’aveugla au point de remettre entre ses mains le gouvernement de l’empire, et de lui donner le nom de Tien heou, c’est-à-dire, reine du Ciel : titre d’honneur qui jusqu’alors avait été inouï à la Chine.

Cette barbare princesse se vit à peine revêtue de la puissance souveraine, que le premier usage qu’elle en fit, fut d’empoisonner son fils aîné, dans le dessein de faire tomber la couronne aux enfants de son frère, et de mettre par ce moyen-là sa famille sur le trône. Mais elle n’eut pas cette satisfaction.


Cycle LI. Année de J. C. 664.

Enfin l’année sixième du nouveau cycle, les Coréens rentrèrent