Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/597

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Du côté du septentrion deux capitaines, l’un nommé Ho, l’autre nommé Kiang, avaient rassemblé chacun une forte armée. Le premier s’empara de plusieurs villes de la province de Chen si ; le second entra dans la même province avec mille hommes de cavalerie, et avec une infanterie encore plus nombreuse. Ils défirent en deux combats les Tartares, et jetèrent parmi eux une telle épouvante, qu’ils n’osaient plus paraître en rase campagne.

Cependant en trois ou quatre ans, soit par la ruse et l’artifice, soit par les libéralités et les promesses, soit enfin par la division qui se mit entre les deux chefs, les Tartares réussirent à les vaincre, et à recouvrer toutes les villes qu’ils avaient perdues.

Vers l’occident un autre chef de révoltés nomme Tchang hien tchong, portait partout le ravage. C’était un démon sous la figure d’un homme, qui, après avoir exercé toutes sortes de cruautés dans les provinces de Ho nan, de Kiang nan, et de Kiang si, déploya enfin toute la violence de sa fureur sur la province de Se tchuen.

Il n’était doux et affable qu’à ses soldats, avec lesquels il jouait et mangeait familièrement. Mais avec les autres sa barbarie n’avait point de bornes. Il fit mourir le roi de la capitale, qui était un prince de la précédente dynastie. Qu’un seul homme se fut rendu coupable d’une faute légère, il faisait tuer tous ceux qui demeuraient dans la même rue ; cinq mille eunuques périrent par ses ordres, parce que l’un d’eux ne l’avait pas traité d’empereur. Ayant appelé aux examens jusqu’à dix mille lettrés, aussitôt qu’ils furent rassemblés dans la salle destinée à leurs compositions, il les fit tous périr, sous prétexte que par leurs sophismes ils soufflaient la révolte dans l’esprit des peuples.

Prêt à quitter la ville de Tchin tou fou pour entrer dans la province de Chen si, il fit enchaîner tous ses habitants, les fit tous conduire dans la campagne, où il les fit massacrer. Ce fut en cette occasion que plusieurs enfants reçurent le baptême des mains du père Buglio et du père Magalhaens. Il ordonna à ses soldats de tuer toutes leurs femmes, parce qu’elles ne causaient que de l’embarras en temps de guerre, et il leur en donna l’exemple en égorgeant trois cents des siennes, et n’en réservant que vingt pour servir les trois reines.

Enfin il ne quitta la province de Se tchuen pour rentrer dans celle de Chen si, qu’après avoir brûlé plusieurs villes, et la capitale. Comme il se disposait à combattre l’armée tartare, qui était assez proche, on vint l’avertir qu’on voyait cinq guerriers sur des hauteurs ; il alla aussitôt les reconnaître, sans prendre ni casque ni cuirasse. A peine parut-il, qu’il eut le cœur percé d’une flèche ; sa mort dissipa toute son armée, les peuples reçurent les Tartares