Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/602

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Il parut ensuite un édit, par lequel il était ordonné sous peine de la vie, à tous ceux, qui dans six provinces habitaient les côtes de la mer, de quitter leurs habitations, et d’aller s’établir trois lieues plus loin dans l’intérieur des terres. On rasa aussi toutes les villes, forteresses, et bourgades maritimes, et le commerce de la mer fut absolument interdit.

Par là on affaiblit la puissance du redoutable ennemi qui s’était rendu maître de la mer : mais on réduisît à la mendicité une infinité de familles, qui ne subsistaient que de la pêche. Il y eut plusieurs églises qui furent détruites avec les temples des idoles. La ville de Macao aurait eu le même sort sans les fortes sollicitations du père Adam, qui employa tout son crédit pour l’exempter de la loi commune.

L’année quarante-unième, un lettré nommé Yang quang sien, présenta aux régents une requête remplie des plus affreuses calomnies contre la religion et les missionnaires, dont le père Adam était regardé comme le chef. Lui et trois de ses compagnons furent chargés de neuf chaînes, et traînés dans divers tribunaux, où ils subirent de longs et d’humiliants interrogatoires. Les livres de piété, les chapelets, les médailles, etc. furent regardés comme des marques secrètes, auxquelles ceux qui étaient de la conspiration devaient se reconnaître, et ces symboles de la piété chrétienne furent condamnés au feu. On défendit néanmoins de vexer les chrétiens, ni de profaner les églises, et les saintes images.

L’année suivante le père Adam fut condamné à être étranglé, ensuite on révoqua cet arrêt, et on le condamna à être coupé tout vivant en dix mille morceaux ; c’est le plus grand supplice, dont on punisse les crimes les plus atroces. La sentence fut portée aux princes du sang, et aux régents pour être confirmée, mais toutes les fois qu’on voulut la lire, un affreux tremblement de terre sépara l’assemblée.

La consternation fut si grande, qu’on accorda une amnistie générale : tous les prisonniers furent relâchés, à la réserve du père Adam, et il ne fut élargi qu’un mois après, que le palais impérial fut consumé par les flammes. Tous les missionnaires furent exilés à Canton à la réserve de quatre qu’on retint à la cour. On comptait parmi ces exilés trois religieux de saint Dominique, un franciscain, et vingt-un jésuites.

Le quinzième d’août de la même année le père Adam Schaal mourut âgé de soixante-dix-sept ans, dont il en avait passé quarante-sept dans les travaux de la vie apostolique. L’empereur déclara ensuite son innocence, et l’honora d’un éloge et de plusieurs titres d’honneur.

La quarante-troisième année du cycle arriva la mort de Sony le premier des quatre régents de l’empire ; le jeune empereur prit