Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/609

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Un des premiers mandarins lui fit présenter par son fils un mémorial par lequel il remontrait avec respect, de quelle importance il était pour le repos de l’empire de nommer un prince héritier, et de rétablir son second fils dans cette dignité. L’empereur fut irrité de cette remontrance ; il pardonna à celui qui l’avait présentée, parce qu’il avait obéi à son père ; mais il donna ordre qu’on fît mourir le père. Cet exemple de sévérité ferma la bouche à tous les Grands, qui n’osèrent lui parler d’un successeur.

L’année quarantième du cycle (1720) on apprit à la cour l’agréable nouvelle que les troupes chinoises avaient remporté une victoire complète sur l’ennemi Tse vang raptan roi des Eluths, qui occupait le pays des lamas, et le ravageait depuis quatre ans, et que par là le Thibet était resté à l’armée victorieuse.

Quoique cette conquête se fît bien loin des confins de la Chine, elle ne laissait pas d’être fort intéressante, parce que l’empereur avait à cœur la fin de cette guerre. Tous les Grands vinrent l’en féliciter.

Le 11 de juin de la même année il y eut à Peking un tremblement de terre à neuf heures du matin qui dura deux minutes. Les secousses recommencèrent le lendemain à sept heures et demie du soir, et continuèrent pendant l’espace d’environ six minutes. On n’entendit dans toute la ville qu’un bruit confus de cris et de hurlements. Le calme revint enfin quoiqu’on ne laissât pas d’éprouver le reste de la nuit dix autres secousses, mais qui furent moins violentes.

Le mal ne parut pas au point du jour aussi grand qu’on se l’était figuré. Il n’y eut que mille personnes écrasées dans Peking : comme les rues y sont la plupart fort larges, on pouvait se mettre hors de la portée des bâtiments qui s’écroulaient. Pendant vingt jours de suite, on ressentit par intervalles de légers tremblements. Le 22 de novembre un ambassadeur de Moscovie fît son entrée à Peking avec beaucoup de pompe et de magnificence. Il avait près de cent personnes à sa suite, presque tous vêtus d’habits superbes à l’européenne. Les cavaliers qui marchaient à côté de l’ambassadeur avaient en main l’épée nue : ce qui faisait un spectacle nouveau et extraordinaire.

Le nouveau légat de Sa Sainteté, monseigneur Mezzabarba, qui était parti de Lisbonne sur un vaisseau portugais, arriva à Peking et fut reçu de l’empereur avec distinction. Après plusieurs audiences, il prit le parti de s’en retourner en Europe, afin de rendre compte au pape de tout ce que l’empereur lui avait dit, promettant de revenir à la Chine le plus tôt qu’il lui serait possible. Il prit congé de l’empereur qui le fit conduire