Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/86

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parvenu jusqu’à nous, vers l’an avant Jésus-Christ 230 ; c’est ce qui paraît le plus vraisemblable.

Quoiqu’il en soit du nom, il est certain que la Chine est le plus grand et le plus beau royaume connu : car je ne voudrais pas répondre qu’il n’y eût quelque autre nation polie dans les terres australes, ou dans quelques autres contrées inconnues. Lorsqu’après avoir quitté l’Europe, on aborde aux terres les plus voisines de l’Afrique, ne semble-t-il pas qu’on soit tombé dans un autre monde ? Les peuples mêmes des Indes, quoiqu’un peu moins grossiers, ont tant d’impolitesse, lorsqu’on les compare à nos nations civilisées, qu’ils peuvent passer pour demi-barbares. Qui aurait cru qu’au bout de tant de barbarie se trouverait un peuple puissant, policé, habile dans les arts, et appliqué aux sciences ?

Quand dans le XIIIe siècle Marc-Paul Venitien publia sa première relation, combien de gens la prirent-ils pour un tissu de fables, où le vraisemblable n’était pas même gardé ! Aussi vit-on alors des critiques, qui, par des conjectures semblables à celles de quelques-uns des écrivains de notre temps, s’efforcèrent d’en prouver la supposition. Il est cependant certain que ce voyageur, qui suivait les Tartares occidentaux, lorsqu’ils achevaient la conquête de la Chine, n’a rien avancé que de vrai. On peut aisément le reconnaître dans ce qu’il rapporte de certaines villes, qui subsistent encore telles qu’il les a décrites, et qui conservent le même nom qu’il leur a donné. Car qui ne voit que ce qu’il appelle Cingiang situé au bord du Kiang[1], est la ville de Tchin kiang près de ce grand fleuve ? Ce qu’on trouve de différence, ne peut-il pas s’attribuer, partie à la diversité du langage tartare, partie à la corruption des mots chinois prononcés par des étrangers, qui n’ont pas eu encore le temps de se faire l’oreille à une langue si différente de toutes les autres ?


Étendue de la Chine.

La Chine est du nord au sud plus longue que la Tartarie, dont nous donnons la géographie, et moins large qu’elle, si on la prend de l’est à l’ouest. Mais, de quelque sens qu’on la prenne,. elle n’a pas moins en ligne droite de 360 de nos grandes lieues à 20 le degré. Elle est divisée en quinze provinces. Celles de Chen si, de Chan si, de Pe tche li, s’étendent le long de la fameuse muraille qui la divise au nord de la Tartarie : celles de Chan tong, de Kiang nan, de Tche kiang, de Fo kien sont sur la mer Orientale. Celles de Quang tong, de Quang si, d’Yun nan, de Se tchuen sont les bornes du midi et de l’occident. Le milieu est occupé par celles de Ho nan, de Hou quang, de Koei tcheou et de Kiang si.


Juridiction ou gouvernement.

Chaque province est subdivisée en certain nombre de juridictions, qu’on nomme Fou en chinois, d’où dépendent d’autres beaucoup moins étendues, nommées Tcheou et Hien : de la même manière que nos bailliages et les justices subalternes sont subordonnées aux présidiaux ; les présidents de celles-là sont appelés Tchi fou, et les administrateurs de celles-ci se nomment Tchi tcheou, et Tchi hien[2]. De là vient qu’on trouve toujours dans l’enceinte d’une seule ville appelée fou un mandarin nommé tchi fou, et au moins un autre qui est tchi hien : car dans les plus grandes villes, outre le tchi fou sont encore deux mandarins inférieurs avec le titre de tchi hien,

  1. Kiang signifie fleuve.
  2. Tchi signifie gouverner