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les premiers poètes du vers libre


a été imprimé en italiques, et aurait donc été reconnu poème en vers[1].

Tout ce qu’on a le droit de conclure, c’est qu’il est possible que la lecture de ces deux poèmes ait été le déclic grâce auquel quelques-uns des jeunes gens qui cherchaient leur formule la trouvèrent, ou tout au moins purent la parfaire. Bien qu’on ne puisse pas dire que Rimbaud ait été l’un des principaux inspirateurs du symbolisme, l’influence générale des Illuminations (et de la Saison en

  1. Dans l’article auquel je faisais allusion dans la note précédente il est dit que « Marine parut à Kahn et à Fénéon une pièce en prose, dont les éléments du début disposés comme s’il se fût agi de vers, sans aucun rythme, étaient accompagnés d’une suite, dont les éléments juxtaposés étaient séparés par des tirets. Mouvement était au contraire un poème franchement écrit en prose mais contenant quelques éléments rythmiques qu’il plut aux éditeurs de mettre en relief. Aussi ces deux poèmes furent-ils publiés dans la Vogue avec une disposition typographique qui leur donnait l’allure de pièces en vers. »

    Que Marine ait paru à Gustave Kahn et à Félix Fénéon être une pièce en prose, la chose est fort possible. Mais qu’ils se soient entendus pour « mettre en relief » les « quelques éléments rythmiques » que contenait Mouvement (ce qui est un agréable euphémisme pour dire qu’ils auraient donné la disposition « vers » à ce qui avait la disposition « prose »), c’est leur faire injure que de les supposer capables d’un tripatouillage contre lequel proteste tout leur passé. J’ai vu, quant à moi, Félix Fénéon à l’œuvre, quand nous avons établi ensemble l’édition des Derniers Vers de Laforgue ; on ne peut imaginer avec quel scrupule méticuleux il entendait se conformer aux moindres indications des manuscrits ; il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil sur cette édition ! Quant à Gustave Kahn, il s’est toujours montré un non moins honnête et non moins scrupuleux éditeur. Personne n’admettra qu’ils aient modifié sciemment la disposition du texte de Rimbaud. Au surplus, la question n’est-elle pas là ; elle est de savoir si le caractère « vers » des deux poèmes de Rimbaud a été remarqué dès la publication ; la question de savoir si le texte de ces poèmes a été tripatouillé est de celles que la moralité de leurs éditeurs ne permet même pas de poser.