Page:Dujardin - Poésies, 1913.djvu/20

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mesquine et basse, que la formule soit ou ne soit pas nimbée d’habiletés.

Il s’agit de dire, avant de disparaître dans le néant, ce que l’on a vécu ; rien de plus. Et, pour exprimer le poème que l’on a entendu chanter au fond de soi, toutes les formes s’offrent à l’envi. Il peut être excellent de coordonner, comme des tranches de son âme, des anecdotes dans un roman ; les courts poèmes expriment des symboles sous le raffinement et l’amusement d’une forme ciselée ; les grands poèmes de prose ou de vers développent les synthèses ébauchées après de longues méditations, et c’est une joie suprême de faire évoluer dans une œuvre dramatique un aspect de cette éternelle évolution que le rêve aura peu à peu et lentement détachée du fond infini des choses.

Aujourd’hui, l’écrivain a cueilli au cours des années quelques fleurettes, repos d’une heure, dont il apporte l’humble gerbe. Et une seule chose lui importe, c’est qu’ici tout a été vécu et qu’elles ont été cueillies, les moindres de ces fleurettes, dans les larmes et dans la joie de la vie vivante, et qu’il n’a pas été possible à l’écrivain de ne pas les cueillir.

*

Je ne suis pas, je ne peux pas être de ceux qui prennent la plume pour autre chose que pour exprimer le cycle d’une très intense émotion de vie.