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ASCANIO.

avez connu votre mère, vous ; je ne puis me souvenir des caresses de la mienne ; elle est morte en me donnant le jour. J’ai été élevée par une sœur de mon père, acariâtre et revêche, que j’ai pourtant bien pleurée quand je l’ai perdue, il y a deux ans, car, faute d’autre affection, ma tendresse s’était attachée à cette femme comme un lierre au rocher. Depuis deux ans j’habite cet hôtel avec dame Perrine, et malgré ma solitude, quoique mon père vienne m’y voir rarement, ces deux années ont été et seront le plus heureux temps de ma vie.

— Vous avez bien souffert, c’est vrai, dit Ascanio, mais si le passé a été douloureux, pourquoi doutez-vous de l’avenir ? Le vôtre, hélas ! est magnifique. Vous êtes noble, vous êtes riche vous êtes belle, et l’ombre de vos jeunes années ne fera que mieux ressortir l’éclat du reste de votre vie.

Colombe secoua tristement la tête.

— Oh ! ma mère, ma mère ! murmurait-elle.

Lorsque, s’élevant par la pensée au-dessus du temps, on perd de vue ces mesquines nécessités du moment dans ces éclairs qui illuminent et résument toute une vie, avenir et passé, l’âme a parfois de dangereux vertiges et de redoutables délires, et quand c’est de mille douleurs qu’on se souvient, quand ce sont mille angoisses que l’on pressent, le cœur attendri a souvent des émotions terribles et de mortelles défaillances. Il faut être bien fort pour ne pas tomber quand le poids des destinées vous pèse tout entier sur le cœur. Ces deux enfans, qui avaient déjà tant souffert, qui étaient restés toujours seuls, n’avaient qu’à prononcer une parole peut-être pour faire un même avenir de ce