Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/20

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lequel les dix mille spectateurs qui garnissaient les montagnes virent les quatre frégates ennemies s’avancer sans voiles et par la seule et lente impulsion du vent dans leurs agrès, et venir avec la confiance que leur donnait la supériorité du nombre se ranger à demi-portée de canon de la division française, présentant à leur tour leurs travers, s’échouant comme nous nous étions fait échouer, et renonçant d’avance à la fuite comme d’avance nous y avions renoncé.

C’était donc un combat tout d’extermination qui allait commencer ; lions et léopards étaient en présence, et ils allaient se déchirer avec des dents de bronze et des rugissements de feu.

Ce furent nos marins qui, moins patients que l’avaient été les gardes françaises à Fontenoy, donnèrent le signal du carnage. Une longue traînée de fumée courut aux flancs des quatre vaisseaux, à la corne desquels flottait le pavillon tricolore, puis en même temps le rugissement de soixante-dix bouches à feu retentit, et l’ouragan de fer s’abattit sur la flotte anglaise.

Celle-ci répondit presque aussitôt, et alors commença, sans autre manœuvre que celle de déblayer les ponts des éclats de bois et des corps expirants, sans autre intervalle que celui de charger des canons, une de ces luttes d’extermination comme, depuis Aboukir et Trafalgar, les fastes de la marine n’en avaient pas encore vu. D’abord, on put croire que l’avantage était aux ennemis ; car les premières volées anglaises avaient coupé les embossures de la Minerve et du Ceylan ; de sorte que, par cet accident, le feu de ces deux navires se trouva masqué en grande partie. Mais, sous les ordres de son capitaine, la Bellone fit face à tout, répondant aux quatre bâtiments à la fois, ayant des bras, de la poudre et des boulets pour tous ; vomissant incessamment le feu, comme un volcan en éruption, et cela pendant deux heures ; c’est-à-dire pendant le temps que le Ceylan et la Minerve mirent à réparer leurs avaries ; après quoi, comme impatients de leur inaction, ils se reprirent à rugir et à mordre à leur tour, forçant l’ennemi, qui s’était détourné un instant d’eux pour écraser la Bellone, de revenir à eux, et rétablissant l’unité du combat sur toute la ligne.