Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/74

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d’heure à jouer ; pendant ces trois quarts d’heure Georges joua avec un de ces bonheurs étranges, dont les habitués des tripots perpétuent le souvenir par des traditions orales : pendant ces trois quarts d’heure, Georges eut l’air d’avoir fait quelque pacte avec le diable, à l’aide duquel un démon invisible lui soufflait d’avance à l’oreille la couleur qui allait sortir et la carte qui allait gagner. L’or et les billets de banque s’entassaient devant lui, à la grande stupéfaction des assistants. Georges ne pensait plus lui-même ; il jetait son argent sur la table et disait au banquier : Où vous voudrez ; le banquier plaçait l’argent au hasard, et Georges gagnait. Deux joueurs de profession qui avaient suivi sa veine et qui avaient gagné des sommes énormes, crurent que le moment était arrivé d’adopter une marche contraire, ils parièrent alors contre lui. Mais la fortune resta fidèle à Georges. Ils reperdirent tout ce qu’ils avaient gagné, puis tout ce qu’ils avaient sur eux ; puis, comme ils étaient connus pour des gens sûrs, ils empruntèrent au banquier cinquante mille francs qu’ils reperdirent. Quant à Georges, impassible, sans qu’une seule émotion transpirât sur son visage, il voyait augmenter cette masse d’or et de billets, regardant de temps en temps la pendule qui devait sonner l’heure de sa retraite. Enfin cette heure sonna. Georges s’arrêta à l’instant même, chargea son domestique de l’or et des billets gagnés, et avec le même calme, la même impassibilité qu’il avait joué, qu’il avait perdu et qu’il avait gagné, il sortit, envié par tous ceux qui avaient assisté à la scène qui venait de se passer, et qui s’attendaient à le revoir le lendemain.

Mais, contre l’attente de tout le monde, Georges ne reparut pas. Il fit plus, il mit l’or et les billets, pêle-mêle, dans un tiroir de son secrétaire, se promettant de ne rouvrir le tiroir que huit jours après. Ce jour arrivé, Georges rouvrit le tiroir, et fit la vérification de son trésor. Il avait gagné deux cent trente mille francs.

Georges était content de lui ; il avait vaincu une passion.

Georges avait les sens ardents d’un homme des tropiques.

À la suite d’une orgie, plusieurs de ses amis le conduisirent chez une courtisane, célèbre par sa beauté et par sa capricieuse fantaisie. Ce soir-là, il avait pris à la moderne