Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/88

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par bandes sur les côtes, on ne peut citer aucun animal nuisible, ce cri ne produisit d’autre effet que de faire ouvrir à la noire assemblée de grands yeux et de grandes bouches : puis, comme dirigées par le son, toutes les têtes s’étaient retournées vers le nouvel arrivant, un seul cri partit de toutes les bouches : — Antonio le Malaï ! Viva Antonio !

Deux ou trois nègres seulement tressaillirent et se levèrent à demi ; c’étaient des malgaches, des yokoff, des zanguebars, qui, dans leur jeunesse, avaient entendu ce sifflement, et qui ne l’avaient pas oublié.

Un d’eux se dressa même tout à fait : c’était un beau jeune noir, qu’on eût pris, sans sa couleur, pour un enfant de la plus belle race caucasique. Mais, à peine eut-il reconnu la cause du bruit qui l’avait tiré de sa rêverie, qu’il se recoucha en murmurant avec un mépris égal à la joie des autres esclaves :

— Antonio le Malaï !

Antonio, en trois bonds de ses longues jambes, se trouva au milieu du cercle ; puis sautant par-dessus le foyer, il retomba de l’autre côté, assis à la manière des tailleurs.

— Une chanson ! Antonio, une chanson ! crièrent toutes les voix.

Au contraire des virtuoses sûrs de leurs effets, Antonio ne se fit pas prier ; il fit sortir de son langouti une guimbarde, porta l’instrument à sa bouche, en tira quelques sons préparatoires en manière de prélude ; puis, accompagnant les paroles de gestes grotesques et analogues au sujet, il chanta la chanson suivante :


I.

Moi resté dans un p’tit la caze
Qu’il faut baissé moi pour entré,
Mon la tête touché son faitaze
Quand mon li pié touché plancé.
Moi té n’a pas besoin lumière,
Le soir, quand moi voulé dormi ;
Car pour moi trouvé lune claire
N’a pas manqué trous, Dié merci !