Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/91

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dre ta pipe, et toi, Cambeba, tu laisses brûler ta banane, est-ce vrai ?

— C’est vrai, répondirent en chœur non-seulement les interpellés, mais la troupe entière des esclaves, moins Nazim qui continua de garder un dédaigneux silence.

— Alors vous devez donc être reconnaissants à celui-là qui vous raconte de belles histoires pour vous tenir éveillés, et qui vous chante de joyeuses chansons pour vous faire rire.

— Merci, Antonio, merci, crièrent toutes les voix.

— Après Antonio, qui est capable de vous conter des histoires ?

— Laïza, Laïza sait aussi de très belles histoires.

— Oui, mais des histoires qui vous font frémir.

— C’est vrai, répondirent les nègres.

— Et après Antonio, qui peut vous chanter des chansons ?

— Nazim, Nazim sait aussi de très belles chansons.

— Oui, mais des chansons qui vous font pleurer.

— C’est vrai, dirent les nègres.

— Il n’y a donc qu’Antonio qui sache des chansons et des histoires qui vous fassent rire.

— C’est encore vrai, reprirent les nègres.

— Et qui vous a chanté une chanson il y a quatre jours ?

— Toi, Malaï.

— Qui vous a raconté une histoire il y a trois jours ?

— Toi, Walaï.

— Qui vous a chanté une chanson avant-hier ?

— Toi, Malaï.

— Qui vous a raconté une histoire hier ?

— Toi, Malaï.

— Et qui, aujourd’hui, vous a chanté une chanson déjà, et va vous raconter une histoire bientôt ?

— Toi, Malaï, toujours toi.

— Alors, si c’est moi qui suis cause que vous vous amusez en travaillant, que vous avez plus de plaisir en fumant, et que vous ne vous endormez pas en faisant cuire vos bananes, il est juste, moi qui ne puis rien faire puisque je me sacrifie pour vous, il est juste, pour ma peine, qu’on me donne quelque chose.

La justesse de cette observation frappa tout le monde ;