Page:Dumas - La Tulipe noire (1892).djvu/221

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précaution, Rosa, Rosa, tes lèvres brûlent ; peut-être en ce moment, mes deux amours se caressent-ils sous le regard de Dieu.

En ce moment, une étoile s’enflamma au midi, traversa tout l’espace qui séparait l’horizon de la forteresse et vint s’abattre sur Lœwestein.

Cornélius tressaillit.

— Ah ! dit-il, voilà Dieu qui envoie une âme à ma fleur.

Et comme s’il eût deviné juste, presque au même moment, le prisonnier entendit dans le corridor des pas légers, comme ceux d’une sylphide, le froissement d’une robe qui semblait un battement d’ailes et une voix bien connue qui disait :

— Cornélius, mon ami, mon ami bien aimé et bien heureux, venez, venez vite.

Cornélius ne fit qu’un bon de la croisée au guichet ; cette fois encore ses lèvres rencontrèrent les lèvres murmurantes de Rosa, qui lui dit dans un baiser :

— Elle est ouverte, elle est noire, la voilà.

— Comment, la voilà ! s’écria Cornélius, détachant ses lèvres des lèvres de la jeune fille.

— Oui, oui, il faut bien risquer un petit danger pour donner une grande joie, la voilà, tenez.

Et, d’une main, elle leva à la hauteur du guichet, une petite lanterne sourde, qu’elle venait de faire lumineuse ; tandis qu’à la même hauteur elle levait de l’autre la miraculeuse tulipe.

Cornélius jeta un cri et pensa s’évanouir.

— Oh ! murmura-t-il, mon Dieu ! mon Dieu ! vous me récompensez de mon innocence et de ma captivité, puis-