Page:Dumas - La Tulipe noire (1892).djvu/222

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que vous avez fait pousser ces deux fleurs au guichet de ma prison.

— Embrassez-la, dit Rosa, comme je l’ai embrassée tout à l’heure.

Cornélius, retenant son haleine toucha du bout des lèvres la pointe de la fleur, et jamais baiser donné aux lèvres d’une femme, fût-ce aux lèvres de Rosa, ne lui entra si profondément dans le cœur.

La tulipe était belle, splendide, magnifique, sa tige avait plus de dix-huit pouces de hauteur, elle s’élançait du sein de quatre feuilles vertes, lisses, droites comme des fers de lance, sa fleur tout entière était noire et brillante comme du jais.

— Rosa, dit Cornélius tout haletant, Rosa, plus un instant à perdre, il faut écrire la lettre.

— Elle est écrite, mon bien aimé Cornélius, dit Rosa.

— En vérité !

— Pendant que la tulipe s’ouvrait, j’écrivais, moi, car je ne voulais pas qu’un seul instant fût perdu. Voyez la lettre, et dites-moi si vous la trouvez bien.

Cornélius prit la lettre et lut, sur une écriture qui avait encore fait de grands progrès depuis le petit mot qu’il avait reçu de Rosa :

« Monsieur le président,

« La tulipe noire va s’ouvrir dans dix minutes peut-être. Aussitôt ouverte, je vous enverrai un messager pour vous prier de venir vous-même en personne la chercher dans la forteresse de Lœvestein. Je suis la fille du geôlier Gryphus, presque aussi prisonnière que les prisonniers de mon père. Je ne pourrai donc vous porter