Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/182

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


gouvernement le voulait mettre en liberté ; la seconde année, deux millions, la troisième, trois millions, et ainsi progressivement. Il en est à sa cinquième année de captivité : il va vous demander de vous parler en secret, et vous offrira cinq millions.

— Ah ! ah ! c’est curieux en effet, dit l’inspecteur ; et comment appelez-vous ce millionnaire ?

— L’abbé Faria.

— N° 27 ! dit l’inspecteur.

— C’est ici. Ouvrez, Antoine.

Le porte-clefs obéit, et le regard curieux de l’inspecteur plongea dans le cachot de l’abbé fou.

C’est ainsi que l’on nommait généralement le prisonnier.

Au milieu de la chambre, dans un cercle tracé sur la terre avec un morceau de plâtre détaché du mur, était couché un homme presque nu, tant ses vêtements étaient tombés en lambeaux. Il dessinait dans ce cercle des lignes géométriques fort nettes, et paraissait aussi occupé de résoudre son problème qu’Archimède l’était lorsqu’il fut tué par un soldat de Marcellus. Aussi ne bougea-t-il pas même au bruit que fit la porte du cachot en s’ouvrant, et ne sembla-t-il se réveiller que lorsque la lumière des torches éclaira d’un éclat inaccoutumé le sol humide sur lequel il travaillait. Alors il se retourna, et vit avec étonnement la nombreuse compagnie qui venait de descendre dans son cachot.

Aussitôt il se leva vivement, prit une couverture jetée sur le pied de son lit misérable, et se drapa précipitamment pour paraître dans un état plus décent aux yeux des étrangers.

— Que demandez vous ? dit l’inspecteur sans varier sa formule.