Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/28

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En effet, au moment où Edmond achevait la phrase à voix basse, on vit apparaître, encadrée par la porte du palier, la tête noire et barbue de Caderousse. C’était un homme de vingt-cinq à vingt-six ans ; il tenait à sa main un morceau de drap, qu’en sa qualité de tailleur il s’apprêtait à changer en un revers d’habit.

— Eh ! te voilà donc revenu, Edmond ? dit-il avec un accent marseillais des plus prononcés et avec un large sourire qui découvrait ses dents blanches comme de l’ivoire.

— Comme vous voyez, voisin Caderousse, et prêt à vous être agréable en quelque chose que ce soit, répondit Dantès en dissimulant mal sa froideur sous cette offre de service.

— Merci, merci ; heureusement, je n’ai besoin de rien, et ce sont même quelquefois les autres qui ont besoin de moi. Dantès fît un mouvement. Je ne te dis pas cela pour toi, garçon ; je t’ai prêté de l’argent, tu me l’as rendu ; cela se fait entre bons voisins, et nous sommes quittes.

— On n’est jamais quitte envers ceux qui nous ont obligés, dit Dantès ; car lorsque l’on ne leur doit plus l’argent, on leur doit la reconnaissance.

— À quoi bon parler de cela ! Ce qui est passé est passé. Parlons de ton heureux retour, garçon. J’étais donc allé comme cela sur le port pour rassortir du drap marron, lorsque je rencontrai l’ami Danglars.

— Toi, à Marseille ?

— Eh oui, tout de même, me répondit-il.

— Je te croyais à Smyrne.

— J’y pourrais être, car j’en reviens.

— Et Edmond, où est-il donc, le petit ?

— Mais chez ton père, sans doute, répondit Danglars ;