Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 5.djvu/159

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X


LA PROVOCATION.


Alors, continua Beauchamp, je profitai du silence et de l’obscurité de la salle pour sortir sans être vu. L’huissier qui m’avait introduit m’attendait à la porte. Il me conduisit, à travers les corridors, jusqu’à une petite porte donnant sur la rue de Vaugirard. Je sortis l’âme brisée et ravie tout à la fois, pardonnez-moi cette expression, Albert, brisée par rapport à vous, ravie de la noblesse de cette jeune fille poursuivant la vengeance paternelle. Oui, je vous le jure, Albert, de quelque part que vienne cette révélation, je dis, moi, qu’elle peut venir d’un ennemi, mais que cet ennemi n’est que l’agent de la Providence.

Albert tenait sa tête entre ses deux mains ; il releva son visage, rouge de honte et baigné de larmes, et saisissant le bras de Beauchamp :

— Ami, lui dit-il, ma vie est finie : il me reste, non pas à dire comme vous que la Providence m’a porté le coup, mais à chercher quel homme me poursuit de son inimitié ; puis, quand je le connaîtrai, je tuerai cet homme, ou cet homme me tuera ; or, je compte sur votre amitié pour m’aider, Beauchamp, si toutefois le mépris ne l’a pas tuée dans votre cœur.

— Le mépris, mon ami ? et en quoi ce malheur vous touche-t-il ? Non ! Dieu merci ! nous n’en sommes plus au temps où un injuste préjugé rendait les fils responsables des actions des pères. Repassez toute votre vie, Albert ; elle date d’hier, il est vrai, mais jamais aurore d’un beau