Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/101

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pêchera de venir réclamer ce prix au château de Vez. On le lui payera avec ce qui lui est redû sur son compte d’hier.

Thibault n’était pas le plus fort, à moins d’appeler de nouveau le diable à son aide.

Mais il venait de recevoir de monseigneur Satan une si belle leçon, qu’il n’y avait pas de danger que, le même jour au moins, il s’exposât à pareille aubaine.

Il n’eut donc pour le moment qu’une préoccupation : ce fut de ne rien souhaiter de mauvais à aucun de ceux qui se trouvaient là.

Un homme trépassé, un autre à moitié mort, c’était une suffisante leçon.

Il en résulta que, quoique les physionomies qui l’entouraient fussent ou menaçantes ou railleuses, il détourna les yeux de ces physionomies de peur qu’elles ne lui montassent la tête.

Pendant qu’il avait les yeux détournés, on égorgeait la chèvre, du supplice de laquelle il ne fut informé que par le cri douloureux que jeta le pauvre animal.

Lorsque la chèvre eut expiré, on chercha dans son cœur tout pantelant le petit os qu’Engoulevent avait indiqué.

On le prit, on le mit en poudre, on le délaya avec du vinaigre dans lequel on avait introduit treize gouttes de fiel extraites de la vésicule qui le contenait ; au moyen de la croix d’un chapelet, on mélangea le tout dans un verre d’eau, puis, les dents du seigneur Jean ayant été desserrées à l’aide de la lame d’un poignard, on lui versa doucement cette mixture dans le gosier.

L’effet du breuvage fut prompt et vraiment miraculeux.

Le seigneur Jean éternua, se dressa sur son séant et demanda d’une voix encore un peu embarrassée, mais cependant déjà intelligible :