Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/112

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Mais c’était bien long.

Il y avait, à cent pas de là, une source transparente comme un cristal, qui alimentait l’étang de Baisemont et ceux de Bourg.

Thibault pouvait s’y mirer comme dans la plus fine glace de Saint-Gobain.

Thibault s’agenouilla au bord de la source et se regarda.

Il avait toujours les mêmes yeux, le même nez, la même bouche, et pas le plus petit signe au front.

Thibault respira.

Mais, enfin, il fallait bien qu’il y eût quelque chose. Agnelette n’avait évidemment pas pris peur pour rien.

Thibault se pencha un peu plus vers le cristal de la fontaine. Alors il aperçut au milieu de ses cheveux quelque chose de brillant qui scintillait dans leurs boucles noires et retombait sur son front.

Il se pencha davantage encore.

C’était un cheveu rouge qu’il avait aperçu.

Mais d’un rouge singulier, qui ne tenait ni du blond ardent, ni du blond carotte, ni de la nuance sang de bœuf, ni de la nuance ponceau.

C’était un rouge sanglant, ayant la couleur et l’éclat de la flamme la plus vive.

Sans chercher par quel phénomène un cheveu d’une couleur aussi insolite avait poussé là, Thibault tenta de se l’arracher.

Il fit pendre à la surface de l’eau la boucle dans laquelle flamboyait le terrible cheveu rouge, le saisit délicatement entre le pouce et l’index et lui imprima une vigoureuse secousse.

Le cheveu résista.

Thibault alors jugea que la pince n’avait pas été assez serrée, et essaya d’un autre moyen.