Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/131

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demanda la meunière en se dressant sur ses pieds et en regardant le sabotier comme pour lui porter un défi.

Celui-ci, se méprenant au ton qu’avait mis la veuve à prononcer ces paroles, crut l’occasion excellente.

Il résolut d’en profiter pour lui faire connaître ses intentions.

– Eh bien, fit-il, en vous disant que vous n’iriez pas loin, belle Polet, pour rencontrer l’homme qu’il vous faut, je vous l’avoue, je songeais à moi qui serais bien heureux et bien fier de devenir votre époux. Ah ! continua-t-il, pendant que la meunière le regardait avec des yeux qui devenaient de plus en plus menaçants, ah ! avec moi, vous n’auriez pas à redouter d’être contrariée dans vos volontés ; je suis un agneau pour la douceur, et je n’aurai qu’une loi et qu’un désir : la loi de vous obéir ; le désir de vous plaire ; quant à votre fortune, j’ai certains moyens de l’accroître que je vous divulguerai plus tard…

Thibault n’acheva point sa phrase.

– Eh quoi ! s’écria la meunière, d’autant plus furieuse qu’elle s’était contenue plus longtemps ; eh quoi ! vous que je croyais son ami, vous osez me parler de prendre sa place dans mon cœur ! vous cherchez à en arracher la foi que je veux conserver à votre cousin ! Hors d’ici, misérable ! hors d’ici ! car, si je n’en croyais que ma colère et mon indignation, j’appellerais quatre hommes et je te ferais jeter sous la roue du moulin !

Thibault voulut répondre.

Mais lui, qui ne manquait point d’arguments à l’ordinaire, ne trouva pas une parole pour sa justification.

Il est vrai que la meunière ne lui en laissa point le temps.

Elle avait à la portée de sa main une belle cruche neuve qu’elle saisit par l’anse et qu’elle envoya à la tête de Thibault.