Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/166

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Le champagne rosé – premier cru d’Aï et dernier flacon vidé – avait fait tourner en tendresse la bonhomie habituelle de Népomucène Magloire.

Il était enchanté de son nouvel ami, qui sifflait la bouteille presque aussi proprement que lui-même.

Il tutoyait, il embrassait Thibault ; il lui faisait jurer qu’une si charmante fête aurait son lendemain.

Lorsqu’il le reconduisit à la porte, il se dressa une seconde fois sur ses orteils pour lui donner une dernière accolade.

Ce à quoi, du reste, Thibault, en se courbant, se prêta, de son côté, de la meilleure grâce du monde.

Minuit sonnait à l’église d’Erneville au moment où la porte se refermait derrière le sabotier.

Les fumées du vin capiteux qu’il avait bu l’avaient déjà un peu suffoqué dans l’intérieur de la maison ; mais ce fut bien pis lorsqu’il se trouva atteint par l’air extérieur.

Thibault chancela, tout étourdi, et alla s’adosser au mur.

Ce qui se passa alors fut pour lui vague et mystérieux comme les événements qui s’accomplissent en rêve.

Au-dessus de sa tête et à six ou huit pieds du sol était une fenêtre qui, dans le mouvement qu’il avait fait pour s’adosser à la muraille, lui avait paru éclairée, quoique sa lumière fût voilée par de doubles rideaux.

À peine était-il adossé à la muraille, qu’il lui sembla que cette fenêtre s’ouvrait.

Il crut que c’était le digne bailli qui ne voulait pas se séparer de lui sans lui envoyer un dernier adieu.

Il essaya, en conséquence, de se détacher de la muraille pour faire honneur à cette gracieuse intention.