Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/165

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cette même beauté, il ne faisait qu’écouter, en mangeant bien entendu, mais sans répondre, les phrases que maître Magloire, enchanté d’avoir un auditeur si bénin, enfilait les unes aux autres comme des chapelets de perles.

Cependant, le digne bailli, ayant exécuté un second voyage au cellier, et le second voyage lui ayant fait ce qu’on appelle un petit nœud au bout de la langue, il commença d’apprécier un peu moins cette rare qualité que Pythagore exigeait de ses disciples.

Il laissa, en conséquence, entendre à Thibault qu’il lui avait dit à peu près tout ce qu’il désirait lui dire sur lui et sa femme, et que c’était au tour de Thibault de lui donner quelques renseignements sur lui-même.

Il ajoutait galamment, le bon petit homme, que, désirant le hanter, il désirait le connaître.

Thibault alors jugea qu’il était urgent de farder un peu la vérité.

Il se donna comme un campagnard aisé, vivant du produit de deux fermes et d’une centaine d’arpents de terre situés du côté de Verte-feuille.

Dans ces cent arpents de terre, disait-il, était enclose une garenne miraculeuse pour ses produits en daims, chevreuils, sangliers, perdrix rouges, faisans et lièvres.

Il ferait goûter de tout cela au bailli.

Le bailli était émerveillé.

On a vu, au menu du dîner, qu’il ne détestait pas la venaison, et l’idée que cette venaison allait lui venir sans qu’il eût besoin de recourir aux braconniers, et par le canal de son nouvel ami, le transportait de joie.

Sur ce, et le septième flacon étant loyalement égoutté dans les deux verres, on jugea qu’il était temps de se quitter.