Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/168

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– Ouais ! dit l’inconnu. Ce n’est donc pas toi, l’Éveillé ?

– Non, ce n’est pas moi, répondit Thibault.

– Eh bien, que ce soit toi ou pas toi, merci !

– Comment, merci ? Ah ! elle est bonne ! merci ! Vous croyez donc que cela va se passer comme cela, vous ?

– Certainement, que j’y compte.

– Ah bien, vous comptez sans votre hôte.

– Allons, lâche-moi, maroufle ! Tu es ivre !

– Ivre ? Allons donc ! Nous n’avons bu que sept bouteilles à deux, et encore le bailli en a bien bu quatre pour son compte.

– Je te dis de me lâcher, ivrogne !

– Ivrogne ! Vous m’appelez ivrogne ! Ivrogne pour avoir bu trois bouteilles de vin ?

– Je t’appelle ivrogne, non parce que tu as bu trois bouteilles de vin, mais parce que tu t’es laissé griser par ces trois malheureuses bouteilles.

Et, avec un geste plein de commisération, essayant pour la troisième fois d’arracher son manteau des mains de Thibault :

– Ah çà ! reprit l’inconnu, lâcheras-tu mon manteau, oui ou non, imbécile ?

Thibault, en toute circonstance, avait l’oreille chatouilleuse.

Mais, dans la disposition d’esprit où il était, cette susceptibilité allait jusqu’à l’irritation.

– Ventre-gai ! s’écria-t-il, apprenez, mon beau monsieur, qu’il n’y a d’imbécile ici que celui qui, s’étant servi des gens, les insulte pour les remercier ; c’est pourquoi je ne sais qui me retient de vous bailler mon poing par le beau milieu du visage.

À peine Thibault avait-il achevé cette menace, qu’avec la même rapidité que le canon part au moment