Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/169

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où la flamme de la mèche touche la poudre, le coup de poing dont il avait menacé l’inconnu, lui arriva à lui-même sur la tête.

– Tiens, grimaud ! dit cette voix qui rappelait à Thibault certains souvenirs en harmonie avec le coup de poing qu’il recevait ; tiens, je suis bon juif et te rends ta monnaie avant d’avoir pesé ta pièce.

Thibault riposta par un coup de poing dans la poitrine. Le coup de poing était bien appliqué, et, dans son for intérieur, Thibault lui-même en était content.

Mais l’inconnu n’en parut pas plus ébranlé qu’un chêne ne le serait de la chiquenaude d’un enfant.

Il riposta par un second coup de poing qui dépassait de si loin le premier comme vigueur, que Thibault comprit que, si la force du géant allait toujours ainsi croissant, il serait, lui Thibault, infailliblement assommé par le troisième.

Mais la violence même de son coup de poing porta malheur, à l’inconnu.

Thibault étant tombé sur un genou, sa main porta à terre et ses doigts se meurtrirent à un caillou.

Il se redressa furieux, tenant le caillou à la main et le lança à la tête de son ennemi.

Le colosse poussa un ouf ! qui ressemblait au mugissement d’un bœuf.

Il pivota sur lui-même, et, s’abattant comme un chêne coupé dans sa racine, il tomba sur le sol, où il resta privé de sentiment.

Ignorant s’il avait tué ou seulement blessé son adversaire, Thibault prit la fuite en courant et sans même regarder derrière lui.