Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/195

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lesquelles je cours, du moins, sur la route, me donnent-elles de bien bonnes leçons !

– Hélas ! ma belle Suzanne, dit le bailli, ce n’est pas un mauvais rêve, c’est une détestable réalité, à ce qu’il paraît.

– En effet, je me souviens, dit madame Magloire.

Puis, faisant semblant de s’apercevoir seulement au moment même que le seigneur Jean était là :

– Ah ! monseigneur, dit-elle, j’espère bien que vous n’avez rien dit à mon mari de toutes les folies que je vous ai contées ?

– Et pourquoi cela, chère dame ? fit le seigneur Jean.

– Parce qu’une honnête femme sait se défendre elle-même, et ne rebat pas les oreilles d’un mari de pareilles sornettes.

– Au contraire, madame, répliqua le seigneur Jean, et j’ai tout dit à mon compère.

– Comment ! vous lui avez dit que, pendant tout le souper, cet homme m’avait caressé le genou sous la table ?

– Je le lui ai dit.

– Oh ! le malheureux ! fit le bailli.

– Vous lui avez dit que, m’étant baissée pour ramasser ma serviette, ce ne fut point ma serviette que je rencontrai, mais sa main ?

– Je n’ai rien caché au compère Magloire.

– Oh ! le bandit ! s’écria le bailli.

– Vous lui avez dit que, M. Magloire ayant eu à table une défaillance qui lui avait fait fermer les yeux, son hôte avait profité de cette faiblesse pour m’embrasser par violence ?

– J’ai cru qu’un mari devait tout savoir.

– Oh ! le scélérat ! s’écria le bailli.

– Enfin, acheva la dame, vous lui avez dit qu’une