Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/196

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


fois rentrée dans ma chambre, et le vent ayant éteint ma bougie, il m’avait semblé voir remuer les rideaux de cette fenêtre ; si bien que je vous ai appelé à mon secours, croyant qu’il était caché derrière ces rideaux ?

– Non, je ne lui avais pas dit cela ; mais j’allais le lui dire lorsque madame a éternué.

– Oh ! le sacripant ! hurla le bailli en saisissant et en tirant hors du fourreau l’épée du seigneur Jean, que celui-ci avait déposée sur une chaise, et en s’élançant vers la fenêtre indiquée par sa femme ; que n’y est-il effectivement, derrière ces rideaux ! je le larderais comme un râble de lièvre.

Et, en effet, il allongea deux ou trois coups d’épée dans la garniture de la fenêtre.

Mais, tout à coup, le bailli resta fendu comme un écolier qui tire le mur.

Ses cheveux se dressèrent sous son bonnet de coton et agitèrent la coiffure conjugale d’un mouvement convulsif.

L’épée s’échappa de sa main tremblante et tomba en retentissant sur le parquet.

Il venait d’apercevoir Thibault caché derrière les rideaux, et, comme Hamlet tue Polonius croyant tuer le meurtrier de son père, il avait, lui, croyant ne frapper que le vide, failli tuer son ami de l’avant-veille, qui avait déjà eu le temps d’être un ami ingrat.

Au reste, comme avec la pointe de l’épée il avait soulevé le rideau, le bailli ne fut pas le seul qui vit Thibault.

La femme et le seigneur Jean participèrent à la vision et jetèrent chacun un cri de surprise.

En disant ce qu’ils avaient dit, ils ne croyaient pas avoir rencontré si juste.

Le seigneur Jean, non seulement avait reconnu un homme, mais encore il avait reconnu Thibault.