Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/200

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Il était évident que le discours mélancolico-philosophique du bailli avait fait sur elle plus d’impression que n’eût fait le sermon du prédicateur le plus éloquent.

Il n’y avait point jusqu’au seigneur Jean qui ne parût touché.

Il essuya du bout du doigt une larme qui perlait au coin de son œil.

Puis, tendant la main au bailli :

– Par la corne de Belzébuth ! dit-il, vous êtes un esprit juste et un bon cœur, mon compère, et ce serait péché que vous charger le front d’un souci ; donc, si jamais méchante pensée m’est venue à votre endroit, que Dieu me la pardonne ! Mais je vous jure, en tout cas, de n’en plus avoir de pareille à l’avenir.

Pendant que ce pacte de repentir et de pardon réunissait les trois personnages secondaires de notre récit, la situation du quatrième personnage, c’est-à-dire du personnage principal, devenait de plus en plus embarrassante.

Aussi le cœur de Thibault se gonflait-il de rage et de haine.

Sans qu’il s’aperçût de la progression, d’égoïste et d’envieux qu’il était, il devint méchant.

– Je ne sais, s’écria-t-il tout à coup en lançant un éclair par chacun de ses yeux, je ne sais à quoi tient que je ne donne une fin terrible à tout ceci !

À cette exclamation qui ressemblait à une menace, et surtout à l’accent dont elle était faite, le seigneur Jean et dame Suzanne comprirent que quelque grand danger inconnu, inouï, planait sur la tête de tout le monde.

Le seigneur Jean n’était point facile à intimider. Pour la seconde fois, il fit, l’épée à la main, un pas vers Thibault.